Mercredi 30 janvier 2008

Où l’on apprend que venir à San Francisco c’est comme aller voir The Rock (le film, pas le tiers d’acteur), Sean Connery en moins, François Lainé en plus, que d’innocents week-end ski peuvent rapidement virer au cauchemar hivernal et que Moul Boul commence à réaliser l’ampleur de la décision qu’il a prise.

 

Voici donc près de deux semaines que mon avion s’est posé sur le sol californien. Comment sait-on qu’on est arrivé en Californie ? Il fait grand soleil, des palmiers balisent les pistes de l’aéroport et malgré des températures douces mais tout de même franchement éloignées de la canicule, les gars de l’autre côté du hublot travaillent en short. Je vais sciemment passer sous silence le choc (au bon sens du terme) que représente San Francisco. A peine vous dirais-je que le Golden Gate Bridge est bien aussi grand qu’au cinéma. L’écran 16/9ème le déforme à peine. Que Al Catraz est vraiment sinistre et que l’on se demande ce que ce morceau de décor hollywoodien fout au milieu de la baie. Que les tramways qui s’échinent à gravir les rues abruptes de la ville accrochée à la colline dans un mouvement incessant, font bien le plein de touristes consentant à voir leur portefeuille saigné à blanc. Que l’on passe en trois rues de l’Amérique moderne et progressiste qui fait la réputation de la Silicon Valley, à la vie trépidante et aux intonations asiatiques du plus grand Chinatown des Etats-Unis, au quartier de Mission, un avant-goût de Mexique, où se succèdent boîtes latinos, cantines à quesadillas et antiques cinémas abandonnés, la peinture de leurs enseignes écaillée et les lettres de leur dernière programmation pendant tristement.

Je laisse les photos vous décrire mieux que ne pourraient le faire mes mots, cette ville douce, érudite, métissée, escarpée.

Concentrons nous, si vous le voulez bien, sur ce qui fait l’intérêt de cette lecture, à savoir la mouise, les crasses, les tuiles, la malchance bref, la merde. Mais je vous rassure tout de suite, ça se finit bien à la fin.

 

SF, c’est comme au ciné, mais en vrai

Me voilà donc posé dans le salon de François, à deux rues du port et du Fisherman’s Dwarf depuis moins de trois minutes, en train de tenter vainement de me rappeler de mon prénom après avoir traversé l’Amérique du Nord de part en part, que celui-ci attaque avec le programme des réjouissances. On peut le résumer ainsi : « dans la semaine, tu te démerdes, je bosse, Connie bosse, et le week-end c’est ski au Lac Tahoe ! ». Ca tombe plutôt pas mal, je voyage toujours avec mes skis.

Ce séjour semble débuter sous les meilleurs auspices. Il fait un temps superbe au dessus de Bay Bridge (l’autre gros pont de San Francisco), je vais pouvoir faire marronner la famille en leur décrivant le spectacle que j’ai sous les yeux, les bulletins de neige laissent augurer d’excellentes conditions de ski et j’ai retrouvé mon vieux pote François, que je n’avais pas vu depuis plus d’un an.

Les deux premiers jours de ma virée californienne sont consacrés à la déambulation sans but dans les rues et sur la côte de San Francisco, le but recherché étant de réaliser que non, je ne rêve pas, tout ceci n’est pas un décor artificiel qui va s’évanouir le lendemain matin. La ville est tellement agréable que je commence à caresser l’idée de m’y installer. Puis je me rappelle que San Francisco fait partie des Etats-Unis et que je n’ai pas de carte verte à mon nom. Pourtant les douaniers s’évertuent à ma le rappeler à chaque fois que je traverse la frontière. Au bout d’un moment ça devrait rentrer !

Le week-end arrive comme prévu et avec lui la première mésaventure. Tout était prêt, la voiture de location était réservée, l’itinéraire imprimé, les forfaits de ski achetés. Rien ne devait enrayer cette organisation infaillible. A ceci près que ni François ni moi ne savions qu’au pays de l’efficacité économique et des heures sup’ en gros, les agences de location de bagnole ferment à…18h. C’est à se demander si EDF n’a pas pris des parts dans l’entreprise.

Bref, nous sommes arrivés à 18h10 et à notre mine sincèrement implorante, travaillée pour faire voler éclats toute forme de réticence à notre requête, a répondu un implacable « l’ordinateur est éteint, je peux rien faire. Revenez demain à 9 heures ». On quitte la France pour ne plus avoir à supporter ce genre de refrain, et on retrouve la même rengaine en VO non sous-titrée de l’autre côté de la planète dans un pays où la devise n’est plus depuis longtemps « In god we trust » mais « Vends ou meurs ».

Nous avons donc suivi les instructions bien poliment et sommes revenus le lendemain, à 10 heures par esprit de contestation, pour prendre possession de notre véhicule. Un heure plus tard, nous empruntions Bay Bridge direction le Nevada.

 

Sélection naturelle par la chaîne

Fort heureusement, la neige était au rendez-vous, le soleil en prime, ce qui a eu pour effet instantané de laver l’affront de la veille. Le soir en revanche, la neige s’est mise à tomber. Pas de quoi fêter un chat, d’autant plus pour quelqu’un arrivant en droite ligne de Montréal. Nous rendons l’équipement loué et empruntons le chemin du retour. A l’entrée de l’autoroute nous attend un embouteillage monstre. Trois heures d’attente à maudire en vrac Dieu, Bouddha, le ciel, Mahomet et Michel Drucker, nous accédons enfin à la source de cet inexplicable autant qu’incongru, ralentissement. La neige n’est même pas directement en cause puisque la route est largement dégagée et que seuls quelques flocons tombent paresseusement des nuages pourtant menaçants. Là, au milieu de l’Interstate qui relie Reno à San Francisco, une camionnette flanquée de deux feux rouges clignotant condamne à l’arrêt obligatoire toute voiture ne disposant pas de chaînes. Derrière elle se déroule un ruban parfaitement noir de goudron, sans un seul véhicule. Tout le monde est arrêté en vrac sur le bas côté, notice de montage dans une main, chaîne dans l’autre et moue interrogative de rigueur. Ce qui donne lieu à un business intéressant. Tous les 20 mètres, des agents proposent de monter les équipements de neige sur les pneus des moins débrouillards. L’opération coûte la modique somme de 30 dollars A ce tarif, nous décidons de mettre à l’épreuve notre sens de la débrouillardise. Après avoir commencé à monter le bordel (la fatigue de l’attente aidant et l’incompréhension du système de fixation nous obligent à utiliser ce vocabulaire quelque peu cavalier) à l’envers, nos voisins de galère qui disposent du même modèle nous viennent en aide. Et c’est fou comme quand on les prend par le bon bout, ces chaînes sont d’une facilité déconcertante à monter.

Nous voilà enfin autorisés à passer. Les vibrations sont insupportables. Il faut dire que ce type d’équipement en contact direct avec le bitume n’a pour résultat qu’une destruction méticuleuse de la route et des pneus. Trente miles plus loin, l’une des bandes métalliques qui entourent la gomme casse à force de rouler sur une route dégagée. Le temps de nous arrêter et la peinture du passage de roue gauche présente une plaie béante. Autant vous dire que la négociation concernant la couverture de l’assurance au retour a été plutôt intéressante. Heureusement, François sait très bien jouer la surprise et l’innocence.

Nous avons fini par rejoindre San Francisco sur les coups de deux heures du matin, les yeux collés de fatigue. Il a fallu lutter pour ne pas s’endormir au volant sur Bay Bridge.

 

Uncle Sam is watching you

Il est temps, avant que nous entamions la seconde partie de « Moul-Boul galère au ski », de faire une légère digression. Les mœurs Etats-uniennes au ski valent le coup d’être décrites. Du point de vue français tout fonctionne à l’envers. Il faut savoir que l’Américain au ski est extrêmement respectueux… des autres. Quand il y a une queue, il n’essaye pas de gruger tout le monde, il garde gentiment sa place. Quand ils ne sont que quatre alors que le télésiège a six places, ils cherchent désespérément deux personnes pour le compléter, histoire que tout le monde puisse profiter au maximum de sa journée de ski. Quand deux queues sont formées au bas des remontées mécaniques parce que deux pistes se rejoignent à cet endroit, il respect les panneaux indiquant « Alternez ». Mais le pire de tout, c’est que lorsque l’on prend le télésiège avec un Américain, il se sent obligé de poser des questions et de savoir d’où l’on vient. La seule chose, c’est que l’on ne sait jamais si c’est par souci sincère de l’autre ou pour compléter l’interrogatoire des douaniers.

Refermons ici cette parenthèse sensée faire le point sur l’incompréhension culturelle franco-américaine et avancer une explication sur l’animosité qui anime les deux pays.

Le moral peu entamé par les mésaventures du week-end précédent, nous reprenons la route vendredi dernier pour retremper les skis dans la neige. Cette fois-ci pas de ratés au démarrage. La voiture est en notre possession en temps voulu. Quand François et Connie arrivent à l’appartement, elle est chargée, le plein fait et nous n’avons plus à nous préoccuper que de conduire. L’aller se déroule sans troubles. A peine devons nous monter les chaînes pour les 30 derniers miles recouvert d’une véritable couche. Une autre des pièces métallique saute sur l’autre roue, mais nous avions prévu le coup et protégé les passage de roue avec du scotch. La voiture a à peine réagi.

Le samedi, un grand soleil nous accueille et révèle un bon 40 centimètres de poudreuse fraîche et légère. Mes skis ne sont pas assez large pour surnager dans autant de peuf. Ca faisait longtemps que je n’avais plus skié avec de la neige jusqu’aux genoux. Mais quelle joie !!

Pour ne rien gâcher, l’hôtel propose un jacuzzi en extérieur pour délasser les muscles meurtris par l’effort. Ce week-end est clairement placé sous un signe bien plus clément que le précédent.

Le lendemain, le temps est moins bon. La neige tombe sans discontinuer, mais la visibilité est bonne et une course entre les sapins s’engage entre François et moi.

 

« Mais il nous fonce dessus ce con »

Sur les coups de 15h30 nous décidons d’abandonner le terrain de jeu. Connie montre des signes de fatigue, mon pied gauche est en morceau, la faute à des chaussures de ski trop serrées. Nous reprenons donc la route alors que la neige s’intensifie. Mais pas d’inquiétude à avoir, nous sommes équipés et désormais expérimentés pour faire face aux conditions les plus extrêmes… du moins le croyions nous.

Pas de queue au moment de rentrer sur l’autoroute. Nous passons le van de contrôle des chaînes en ralentissant à peine. Un panneau orange éclatant nous invite à faire preuve de prudence sur la route. Ca tombe bien c’est plutôt notre genre !

Après une dizaine de miles, l’autoroute commence à se frayer un chemin dans les montagnes environnantes. Le trafic devient un peu plus dense et nous roulons à moindre vitesse. Mais vu les conditions extérieures, rien que de plus normal.

Mais au sortir d’un virage, trois camions sont bloqués au milieu de la chaussée. La neige et le vent qui se sont levés ne nous permettent pas de voir ce qu’il se passe au delà. Nous arrêtons la voiture derrière les mastodontes, en profitons pour insulter les services de l’autoroute qui n’auraient jamais du laisser ces camions emprunter la route par de telles conditions, sur le mode de « En France, on n’aurait jamais vu ça ». Mais notre conversation enjouée est interrompue par l’arrivée en urgence d’une voiture d’assistance. Mais surtout par le fait que l’énorme 38 tonnes devant nous se remet à bouger. Mais pas dans le sens désiré !

La neige sous les pneus du mastodonte laisse progressivement apparaître une épaisse couche de glace vive à mesure que la remorque glisse droit sur nous.

La vague impression d’être dans un mauvais cauchemar laisse place à un frisson de peur qui nous parcoure la colonne vertébrale. La queue derrière nous ne nous laisse aucune option, aucune échappatoire. La voiture d’assistance se colle contre la remorque et tente de la pousser. Ce faisant, le conducteur perd toute adhérence et part en travers, menaçant d’accrocher la voiture devant nous. Finalement, une énorme dépanneuse accroche le camion par l’avant et stoppe la glissade à défaut de pouvoir le tracter.

Une petite ouverture est visible entre les trois camions bloqués. La décision est rapidement prise. Il est temps de se faufiler sans demander notre reste.

Mais le niveau de stress n’a pas le temps de redescendre. Nous n’avons pas fait trois cent mètres que le blizzard se lève et qu’un véritable rideau de neige se forme devant le pare-brise, nous masquant le bout du capot de la voiture. François conduit au ralenti pendant que je le guide en fonction de notre proximité que je perçois avec les bancs de neige sur notre droite.

Tout ça commence à franchement sentir mauvais et nous parvenons à garder notre calme par je ne sais quel miracle. Nos premiers réflexes sont de vérifier le niveau de charge de nos téléphones et celui du réservoir (« Je sens qu’on va passer la nuit ici »).

 

Système D

A force de persévérance et de maintien de notre vigilance grâce à un taux bien trop élevé d’adrénaline dans le sang, nous arrivons à passer le point culminant de l’autoroute. Juste après, si le blizzard et la neige se maintiennent, la visibilité s’améliore un poil.

La voiture commence à reprendre une allure potable pour les conditions exécrables auxquelles nous faisons face. Les muscles du cou et du dos commencent à se relâcher. Pas pour longtemps ceci dit puisque une ou deux miles plus tard, un bruit sourd commence à se faire entendre dans le passage de roue gauche. Un deuxième filin d’acier vient de rendre l’âme. Le diagnostic est rapidement établi : nous avons des chaînes de merde !

Nous sortons dans le froid pour scotcher la tige métallique qui menace d’arracher la carrosserie. Mais un autre problème se fait jour. Avec deux filins en moins, la chaîne est franchement lâche et il faut à tout prix la resserrer. D’autant plus que les Américains semblent penser qu’un chasse neige pendant une tempête de neige n’est pas quelque chose d’absolument indispensable. Si on la retire, on ne redémarre plus ou au mieux, on s’envoie dans le décor au bout de 500 mètres.

Je fonce donc dans le coffre à la recherche d’un bout de corde, du fil de pêche, un kit de couture, n’importe quoi mais quelque chose qui nous aide à ne pas rester plantés là ! Vaine excitation puisqu’il n’y a là absolument aucune ressource de ce type. Puis mon regard se pose sur mon sac à dos, pourvu de deux sangles pour le fermer. Pas le temps de réfléchir que déjà mon briquet entame la résistance de l’une des deux. Une fois découpée sommairement, j’entreprends de fixer l tout à la chaîne qui ne rechigne pas à se tendre. On renforce les nœuds au scotch et l’on prie pour que le tout tienne jusqu’à ce que l’on sorte de cette galère. Après une heure de descente la neige s’estompe et laisse la place à la pluie. Nous pouvons enfin nous arrêter sur le bas-côté et enlever les restes de chaînes encore accrochés aux roues avant. Détail intéressant, pile à l’endroit où nous nous sommes arrêtés, deux chaînes d’un modèle identiques aux nôtres ont été jetées avec rage dans le fossé par un autre conducteur insatisfait de son équipement.

Seul le souci de ne pas compromettre l’avenir de l’humanité nous a poussé à ne pas faire de même et à attendre d’arriver à San Francisco pour nous débarrasser de ces merdes.

C’est tout pour notre série « Moul-Boul galère » d’aujourd’hui. Dans deux jours je reprends l’avion pour Mexico. La pression commence à se faire une place à côté de mon estomac. J’ai un appartement. Avec deux colocs. L’un est Mexicain, l’autre Espagnol. Comme dirait Romain Duris dans L’Auberge Espagnole « Dans deux mois je parle un espagnol de puta madre ! ». Oui, parce que j’ai oublié de mentionner qu’ils ne parlent qu’espagnol.
par Moul Boul publié dans : moulboulexperience
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Vendredi 18 janvier 2008

Où l’on apprend que Moul Boul a passé deux semaines et demi terribles au Mexique, qu’à Acapulco on trouve la plage, le soleil et les contrats de mariage et que parfois une langue se fraye naturellement un chemin dans la bouche d’une Mexicaine.

 

Tout commence par un jeudi pluvieux à l’aéroport de Montréal, ou plutôt non, tout commence vraiment dans le Terminal  de O’Hare, l’aéroport de Chicago quelques heures après. En raison d’un accès de francophilie aussi soudain qu’incompréhensible, les pilotes de Mexicana ne trouvent rien de mieux que de faire grève. À force d’échanges musclés avec les employés de la compagnie aérienne, nous apprenons que l’airbus qui devait se trouver à la porte 39 n’a pas encore décollé de Monterrey et ne sera dpas disponible avant au moins huit heures. La blague ne fait rire personne et pousse la plupart des voyageurs à griller clope sur clope à l’extérieur. C’est ainsi que je fais la connaissance de Patrick, Franco-Mexicain qui attend, lui, depuis 44 heures à Chicago, la faute à des douaniers américains tatillons quant à sa double origine. Il devient rapidement un compagnon de picole au bar de l’aéroport et à force de se payer respectivement des tournées qui nous coûterons le double en frais bancaires, on commence à en savoir pas mal sur la vie de l’un et de l’autre. J’explique à Patrick que je fuis le froid québécois pour deux semaines et demi et que comme mon visa expire sous peu, je vais en profiter pour voir si le pays me plaît, afin d’en faire une potentielle destination pour après. Et là le bonhomme m’explique que sa famille bosse dans le textile en banlieue de Mexico et que son père a des accointances particulières avec l’ambassadeur hexagonal. Il me file son adresse mail, m’enjoignant de le contacter si jamais j’avais des questions ou besoin d’aide, si le projet se concrétisait.

Notre avion finit par arriver et nous passons les 5 heures de vol à ronfler sur l’épaule du voisin, le sommeil sérieusement encouragé par l’abus de boisson alcoolisée. Nous finissons par quitter l’aéroport de Mexico sur les coups de 4h du mat’ après la fouille de bagage la plus sommaire à laquelle il m’a été donné d’assister. Nos chemins se séparent à la station de taxi, non sans avoir fumé une ultime cigarette.

 

« Tu vas pas te faire racketter »

Je dois traverser la ville entièrement, Ana n’ayant rien trouvé de mieux que d’habiter à l’opposé du tarmac, dans un taxi douteux conduit par un chauffeur qui marmonne uniquement en espagnol. À 5 heures du matin, les rues de la mégalopole sont vides. Pas un chat sur les artères généralement congestionnées de bouchons. Il y a là quelque chose d’irréel et d’inquiétant. Mais pas de panique, Patrick me l’a confirmé, « si tu prends les taxi de l’aéroport tu ne devrais pas te faire racketter ». Nous finissons par arriver aux abords de la maison d’Ana, après une heure de route et à grands renforts de Derecha et Izquierda, je finis par mettre le doigt sur sa sonnette. Je peux enfin entamer ma première nuit en territoire mexicain.

Le séjour débute sous de bons auspices. Ana, que je ne connaissais que peu s’avère être une compagnonne des plus drôle. À la fois caustique, sarcastique et franchement délurée. Et chose rare, elle semble comprendre et apprécier mon humour douteux. Les fêtes de Noël passées dans sa famille ont été des plus plaisantes. Je découvre assez rapidement l’une des qualités des Mexicains : l’hospitalité. Pour ne rien gâcher, la région déchire, tant du point de vue des paysages que des villes traversées. Quérétaro, Léon et surtout Guanajuato, présentent de charmants centres-villes avec des places bordées de terrasses. Et franchement, quel luxe de pouvoir lever le coude en plein cœur de l’hiver en t-shirt. Ne manquait qu’une poignée d’amis Français (ils se reconnaîtront) pour que tout soit parfait.

C’est au cours d’une de ces douces soirées, à Guanajuato justement, que nous avons assisté au plus improbable des spectacles : une battle de Mariachi. Souvenez-vous (si, si) du film Eight Miles. Remplacez Eminem et son vis-à-vis par deux groupes de Mariachi, la scène par une terrasse de bar bondée et vous aurez une vague idée de ce que mes yeux n’osaient croire. Tout d’un coup, les premiers accords de « Lose Yourself » se sont mis à résonner dans mes oreilles. Ce qui est assez déroutant dans une battle de Mariachis, c’est qu’aux provocations, à l’arrogance des paroles et à la violences des beats de hip-hop, il faut substituer les sourires crispés de chanteurs qui tentent de séduire leur audience, des accords d’une tristesse infinie et des paroles à pousser à l’automutilation Monsieur sourire. À peine le dernier accord d’une chanson s’est-il tu que déjà le second groupe a déjà entamé sa complainte. Cet épisode aurait probablement inspiré à Alain Chabat un nouveau numéro des « Avez-vous déjà vu…? »

 

Mais comment ça?

Mais c’est toujours lorsque le décor paraît paisible que le drame se trame en coulisses. Après un bref retour à Mexico City, nous prenions la route d’Acapulco pour quatre heures de bonheur sur les autoroutes défoncées de cette partie du pays. Personne ne respecte les limites de vitesse jusqu’à ce que la voiture décolle sur une aspérité un peu abrupte. Le fait de croiser des voitures en panne, renversées ou ayant perdu une roue pousse également à rendre le pied moins pesant sur l’accélérateur.

Mais ça n’est pas ici que le drame se noue. Revenons un poil en arrière afin de mieux comprendre ce qui s’en vient.

Avant de partir au Mexique, j’ai formulé une requête précise à Ana.

« S’il y a une seule chose sur laquelle je ne transigerai pas, c’est que je veux aller à la plage, même deux jours… Il fait -20 à Montréal (trémolos dans la voix), c’est la seule chose que je demande.

-         Ok, si tu y tiens. Ca tombe bien, Valéria nous invite à passer quelques temps dans la maison de ses parents à Acapulco.

-         C'est-à-dire que ça m’emmerde un peu, je suis pas très à l’aise de me pointer chez eux comme ça. Si tu veux, on peut aller à Acapulco, mais je préfère prendre un hôtel.

-         Mais arrête!! C’est tes scrupules de Français ça! Elle nous invite, du coup ça va pas nous coûter cher.

-         Bon, ok, on y va »

Après les quatre heures de route susmentionnées, un colonne vertébrale douloureuse et deux centimètres en moins au garrot et non sans être aller goûter l’eau au préalable, nous sonnons chez les Ramirez. Ce que j’ignorais alors, c’est que la famille de Valéria au grand complet, père excepté (« mais il sera là demain! ») était réunie. Pas franchement l’idéal pour se sentir à l’aise. Je partage assez rapidement mon mal-être avec Ana. Elle non plus ne semble pas super à l’aise. Mais la soirée arrive et des verres de Cuba Libre se retrouvent devant mon nez sans que j’aie à les exiger. Du coup, je me détends aussi sûrement qu’une pilule de xanax rend le membre viril flasque.

La soirée avance gentiment, entrecoupée de francs fou rires. Au fur et à mesure que l’alcool coule dans mon gosier et que mon verre se re-remplit, je comprends de mieux en mieux l’espagnol. Valéria ne m’adresse absolument pas la parole, mais ça me convient et je m’en tape même carrément. Je suis à la plage, il fait beau, tout le monde semble m’apprécier. On peut imaginer pire comme situation.

Sur les coups d’une heure du mat’, Ana et Valéria vont se coucher. L’ambiance me satisfait, donc je continue à boire. A peine cinq minutes se sont écoulées que la mère de Valéria se rapproche de moi et me parle avec un air un peu grave.

Devant mon air dubitatif (je ne faisais qu’imaginer que je comprenais l’espagnol), son cousin me traduit les paroles de sa tante.

« Clément, j’aimerais que tu sois mon gendre, tu sais, ma fille est un peu immature, mais attends la, dans trois ans, elle changera d’avis »

Sous les couches d’alcool qui embrument mon esprit, un éclair de conscience surgit et une voix hurle dans ma tête « mais c’est quoi encore ce bordel dans lequel je me suis fourré?? ». A l’extérieur, rien ne sort de ma bouche. Je me contente de fermer ma gueule et de sourire. La voix m’informe qu’il serait probablement assez malpoli de répondre du tac au tac qu’il en est hors de question et surtout que je risque de me retrouver à la rue dans la seconde qui suit. Le problème, c’est que l’enthousiasme de la mère semble contagieux et tous les membres de la famille en chœur alignent les arguments afin de me convaincre du bien-fondé de cette requête.

 

Lave toi les oreilles!

Je vais me coucher avec le vague espoir que j’ai vécu un mauvais rêve.

Le lendemain, j’arrive à prendre Ana à part et je lui demande si elle a entendu le drame qui se tramait dans le salon la veille au soir. Devant le secouage de tête qui s’ensuit, je lui expose la situation telle que je l’ai vécue.

« C’est pas la version que j’ai.

-         Comment ça? Et t’as quelle version?

-         Ils sont tous persuadés que tu es venu au Mexique pour te marier.

-         QUOI??? Mais comment ça a pu leur traverser l’esprit?

-         Valéria est persuadée que tu l’aimes encore.

-         Oh bordel, il faut qu’on se casse! »

Ajoutez à cette situation des moins confortables que le cousin de Valéria, très sympa au demeurant devient moins fréquentable quand il est bourré. Le jeune homme a soudain des tendances homosexuelles et m’a fait quelques propositions plutôt précises impliquant deux pénis et deux anus. Bref, il était temps de quitter Acapulco avant que le délire d’aller se baigner en plein décembre ne perde tout son charme.

Heureusement, nous devions rentrer à Mexico pour le nouvel an. Avant que nous ne prenions la route, les Ramirez m’ont quand même demandé si je ne voulais pas rester avec eux. L’argument de la route longue et difficile que je ne voulais pas laisser Ana arpenter seule a porté ses fruits.

Nous finissons par quitter sans trop de regrets (au moins pour moi) Acapulco. J’en garde d’ailleurs un souvenir impérissable puisque trois jours après j’avais le cul posé dans le cabinet d’un docteur pour me faire déboucher les oreilles. Ana lui a d’ailleurs servi d’aide soignante et a pu apprécier de près toute la merde qui en est sortie.

Il faut croire que cette expérience intime nous a rapprochés puisque le lendemain ma langue trouver un moyen de rejoindre la sienne.

Il a ensuite fallu rentrer à Montréal pour m’acquitter de la dernière semaine et demie de travail que je devais au gouvernement québécois. Puis dire au revoir le cœur serré à mes collègues de travail qui au fil de l’année sont devenus (devenues?) plus que de simples collègues.

Et maintenant, le périple continue. Je suis à San Francisco, accueilli par François, mon designer préféré et son adorable copine Taïwanaise, Connie. Dans deux semaines, je reprends l’avion pour Mexico.

Et aujourd’hui un enculé a tenté de m’écraser avec sa putain de bagnole pourrie. Probablement un électeur de Bush frustré de se retrouver dans un fief démocrate.
par Moul Boul publié dans : moulboulexperience
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Mardi 8 janvier 2008

Où l’on apprend qu’une tête de pine avec une motoneige, c’est comme un supporter Lensois avec des dents : improbable! Que Boubounette a dû quitter à regrets sa vie de superstar québécoise et qu’il est temps pour Moul Boul de cogiter sur le (non)sens du labeur sous le soleil de Mexico.

La déception de ne pas voir New York ensevelie sous 60 cm de neige, nous prenons la route Tête de pine et moi sur les coups de 7h du mat’ le dimanche matin. Le fond de l’air est aussi mordant que l’azur dégagé. Au saut du lit, les yeux encore tout collés de fatigue, le traitement a le mérite de nous réveiller. Ça tombe bien, il nous reste encore deux heures et demie de route pour nous rendre à destination.

Le thermomètre incrusté dans le tableau de bord du Jeep nous confirme l’impression première de notre épiderme. Il fait un bon -13 des familles en plein centre-ville de Montréal. Pas de quoi inquiéter un québécois, d’autant plus que le vent ne souffle pas, mais quand même suffisant pour refroidir les sudistes hexagonaux que nous sommes.

Sur la route, l’ambiance alterne entre le traditionnel concours de vannes quotidiennes qui nous sert de mode de communication (remporté haut la main par votre serviteur) et les vieux tubes des Rolling Stones, U2, les Doors et Bruce Springsteen que déversent les hauts-parleurs de la voiture branchés sur CHOM Fm. Au fur et à mesure que les kilomètres s’écoulent et que les buildings de la banlieue montréalaise disparaissent à l’horizon, la température tombe doucement mais sûrement. Au moment d’attaquer les petites routes sinueuses et enneigées des Laurentides, l’écran digital affiche fièrement un -22 qu’il ne lâchera plus jusqu’à notre destination.

D’un coup, l’idée d’arpenter les pistes de la forêt Laurentienne, accélérateur calé à fond avec la bise coupant nos visages tendres me paraît moins attrayante. Si c’est pour finir par une chirurgie reconstructive du visage avec la peau de mon cul, je suis pas chaud. Faisant part de ma préoccupation à tête de pine (qui de toute façon devrait envisager la chirurgie reconstructive, quoiqu’il arrive), celui-ci me répond avec tout le tact qui le caractérise « va te faire chauffer une raclette tromblon, froid ou pas froid, je vais te mettre minable! »

Encore 40 bornes de petites routes enneigées à se prendre pour Tommy Makkinen lors d’une spéciale en Suède et nous stoppons notre grosse cylindrée dans le jardin de Jean-Pierre, jovial breton dans le début de la cinquantaine qui sera notre guide de motoneige, non sans avoir bu café et mangé tartines au Vieux St-Émile, à la sortie d’Entrelacs.

Jean-Pierre est un gars responsable, qui aime la vitesse si elle est encadrée par tous les dispositifs de sécurité nécessaires. S’il y a bien une chose que le bonhomme n’accepte pas, c’est les beaufs marseillais qui au mépris de la nature et des machines, sont prêts à sortir de piste au premier virage, pourvu qu’ils fassent un bon chrono. Afin de prévenir ces tendances suicidaires, il a un truc infaillible Jean-Pierre. La caution à 1500 dollars. Fais une rayure sur le capot de la bête et les vacances au Mexique tu te les enroule dans du papier d’alu et tu te les care dans le c…!

Afin de détendre l’atmosphère singulièrement refroidie par cette épée de Damoclès fixée au dessus du casque, Jean-Pierre raconte des blagues. Des boutades canadiennes à base d’ours, de femmes et de nudité à caractère sexuel. Ce faisant, il nous conduit devant nos montures qui frétillent d’impatience. Nous sommes les premiers clients de la saison. Jean-Pierre et son associé ont à peine eu le temps de monter deux motoneiges, pris au dépourvu par les caprices de la météo qui a recouvert l’intégralité du Québec. Les pistes ne sont même pas damées, il va falloir les ouvrir. C’est mon dépucelage de motoneige et on commence direct par le hors-piste. C’est un peu comme commencer par le marteau-pilon guatemaltèque quand on n’a jamais trempé la biscotte.

La première partie de la ballade se fait au ralenti. Nous enchaînons les passages techniques sans presque jamais nous asseoir sur la selle. Les devers se succèdent et le seul moyen de les franchir consiste à se tenir debout sur l’un des deux marchepieds, le cul penché dans la neige à l’extérieur de l’engin. Cela ne nous empêche bien évidemment pas de nous embourber et de découvrir les joies des techniques pour sortir la motoneige de son écueil. Il fait certes -22 mais aucun de nous ne ressent la morsure du froid. Au contraire, alors que mon corps reste habituellement indifférent à la chaleur estivale sur les plages des Calanques, je sue corps et bien sous mes cinq couches de vêtements.

La deuxième partie des réjouissances est moins technique et donne libre cours à nos hormones. Alors que jusqu’à présent nous devions brider notre pouce posé sur l’accélérateur au risque d’embrasser rudement l’écorce des Érables, l’heure est maintenant venue de lâcher la cavalerie. Et comme nous sommes entre frères, la règle de « C’est moi qu’a la plus grosse (accélération, bien sûr)! » fonctionne en plein.

La course poursuite bat son plein jusqu’à ce que nous nous retrouvions devant une piste vierge. 80cm de pure peuf sans une trace. Et Jean-Pierre nous offre d’ouvrir la marche pour découvrir le méchant feeling du freeride en motoneige.

Tête de pine décide de passer en premier, invoquant un droit d’aînesse dont la validité ne m’apparaît toujours pas évidente. Bien mal lui en prend puisque au bout de 500 mètres, après avoir parfaitement négocié un virage piégeux et dans une belle ligne droite où trois semi-remorques auraient pu se croiser de front en laissant la place pour deux ou trois voitures, il sort de la route et se plante comme une merde dans le fossé, la motoneige renversée sur le côté. En guise de compassion fraternelle, je me dépêche de sortir l’appareil photo pour immortaliser l’échec de celui qui entendait donner des leçons de pilotage à Jean-Pierre, quelques secondes auparavant. Après m’en être donné à cœur joie  (« Alors Ayrton Senna, on a de la misère à tenir le guidon droit ?»), et avoir sorti l’engin de son trou (la motoneige, pas mon frère), c’est à mon tour de prendre les devants.

La sensation est terrible, la machine s’enfonce, ressort, semble flotter sur une mer de coton. On retrouve les sensations du ski hors-piste, et franchement ça fait plaisir. On prend rapidement confiance et insidieusement, on titille l’accélérateur plus fort. En pleine confiance, je prends le temps de repenser à la mésaventure de Tête de pine. Faut-il être mauvais pour se manger dans des conditions pareilles. Tête de pine porte définitivement bien son surnom.

Absorbé par ces belles pensées, je ne sens que trop tard que ma moto commence à pencher dangereusement sur la gauche. Trop tard pour rééquilibrer! Je retourne la machine à mon tour. Autant vous dire que Tête de pine en a profité pour rire à gorge déployée, fier de tenir là sa vengeance.

Pour vous la faire courte, boubounette a ensuite repris l’avion avec son père et son grand-père mais visiblement n’envisageait pas de quitter son tonton adoré puisque j’ai retrouvé trois de ses doudous sous ma couette, qu’elle avait sorti de la valise qu’était en train de faire mon frère. Une semaine après, j’avais le cul posé dans l’avion direction le Mexique, pour deux semaines et demi excellentes et pleines de rebondissements que je vous conterai très bientôt (si, si). Pour vous tenir en haleine, sachez que ça s’est très bien passé, sauf au retour.
par Moul Boul publié dans : moulboulexperience
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Samedi 15 décembre 2007

Où l’on apprend une fois de plus que les frontières américaines sont aussi ouvertes que les cuisses d’une nonne frigide, que la destruction méticuleuse de l’appartement de Moul Boul par Boubounette ne présente aucun retard sur l’échéancier et qu’il est possible de transpirer comme jamais par -22 en pleine forêt canadienne.

 

Vous l’aurez compris, une crise de Boubounite aiguë doublée des symptômes paternel et têtedepineseprendpouruntrappeur m’a tenu éloignée de mon clavier ces derniers temps. Cela ne veut pas dire que rien ne se passe dans ma vie d’immigré français finissant (oui, mon visa ne sera pas renouvelé). Bien au contraire, la venue en mes terres hostiles d’un bout de ma cellule familiale a été prétexte à bien des aventures dont je vais vous conter une partie.

Comme tout bon Français qui s’en vient visiter Montréal, les premières paroles de mon frère, le pied à peine posé sur le tarmac de l’aéroport Trudeau furent « quand est-ce qu’on part à New York? » C’était d’ailleurs son leitmotiv depuis qu’il m’a annoncé sa venue en compagnie de notre paternel. « Et tu nous amène à New York, hein? » me disait-il ainsi lors de notre premier échange téléphonique sur le thème.

Du coup, dès leur arrivée, nous mettons en place toute l’organisation logistique nécessaire pour assurer un week-end mémorable. Repérage de l’itinéraire sur Google maps, négociation de poussette avec les collègues de taf, réservation de la chambre d’hôtel sur les bords de l’Hudson avec vue sur Manhattan, briefing familial sur le sens de l’humour chatouilleux des douaniers américains (« Non Laurent, si tu montres ton cul aux douaniers ça ne fera rire que toi »). Bref, tout semblait sous contrôle.

 

Born in the USA

D’autant plus que dans un accès d’américanophilie, mon frère a insisté pour que nous louions un jeep grand Cherokee histoire de vivre le rêve américain et le cauchemar écologique jusqu’au bout. Précisons à ce stade de l’histoire que celui que nous appèlerons par souci de préserver son anonymat, « tête de pine » s’est éhontément servi de sa paternité pour justifier la location de la plus grosse bagnole au catalogue. Il a d’abord tenté de me convaincre en me sortant des théories fumeuses sur la nécessité dune large banquette arrière pour que ma nièce puisse y dormir durant les six heures de route qui nous séparaient de la Grosse Pomme. Devant mon air dubitatif et visiblement peu réceptif au stratagème du confort de ma nièce, il revint à la charge avec des arguments autrement plus convaincants. Deux mots ont suffi à me faire changer d’avis : « 4.7l, 250 chevaux »!! J’avoue, mon cerveau n’a pas pris la décision, mes hormones s’en sont chargées. Nous restons d’éternels petits garçons, on change juste de jouets.

Mais tête de pine n’est pas prêteur et ce n’est qu’à regrets qu’il daigne parfois me laisser le volant.

Bref, nous avions donc parfaitement planifié le voyage. Dans la voiture, dont nous avions nettoyé le blason Jeep, nous avions disposé bien en évidence une bouteille de Coca tandis que le système audio crachait les riffs rageurs de Foo Fighters. Que du 100% Oncle Sam dans le but non dissimulé de faire bonne impression à la frontière.

Nous voilà donc partis sur les coups de 1h du matin dans la nuit du vendredi avec pour objectif de rallier New York pour le petit déj’. Je sentais déjà l’odeur du café et des œufs brouillés pris sur Times square alors que la ville sort peu à peu de sa torpeur matinale.

Chacun de nous gardait même la main sur le couture de la poche prêt à dégainer à la moindre demande, nos précieux passeports. Dans ce contexte, la nouvelle amitié affichée de notre Sarko national avec son nouveau meilleur pote George ne nous laissait que peu de chances d’entrevoir l’infamie dont nous serions victimes.

 

De l’intérêt d’abandonner son père

Après une heure de conduite en demi-sommeil (cruise control branché et trois virages seulement pour briser la monotonie de l’autoroute, on a quand même fait moins somnifère) les projecteurs de la terre promise nous enveloppent de leur bienveillante clarté. Passe encore le regard soupçonneux du jeune officier qui le premier prend nos passeports. Les choses se gâtent quand nous nous présentons au guichet des douanes où l’un de ses collègues vient vers nous, tenant dans ses mains nos pièces d’identité. À son air, quelque chose cloche. Il me demande de m’approcher.

« Il y a un problème avec ce passeport », me dit-il en me désignant la photo d’identité pourtant joviale de mon père.

« De quel genre? Quel est le problème?

-         Ce passeport n’est pas valide.

-         Comment ça pas valide? C’est un modèle Delphine, mais il est valable pour passer aux États-Unis. Mon frère a exactement le même. C’est quoi le problème.

-         C’est la photo, elle n’est pas aux normes.

-         Mais celle de mon frère non plus alors…

-         Non, pas de problèmes pour votre frère.

-         Donc c’est quoi la suite?

-         Ben vous trois, vous pouvez passer aller à New York si vous voulez, mais pas votre père.

-         Et vous pensez que je vais le laisser là?

-         Je ne sais pas, à vous de voir »

J’ai bien essayé de plaider la cause de mon père et le fait que nous n’avions prévu que de passer deux jours à New York, rien à faire! Je le redis une fois encore, on ne gagne jamais contre un douanier US.

Pour être bien sûr que nous ne nous représenterions plus, le bonhomme a tout de même récupéré les empreintes digitales et pris sa trombine en photo. L’histoire ne dit pas s’il a souri.

 

Oh Canadaaaaa!!!

Au bout d’une heure de tripatouillage d’ordinateur, Woody (il ressemblait pas mal au réalisateur éponyme, tout aussi névrosé, mais moins comique) nous raccompagne à la voiture et m’explique que je dois aller faire demi-tour un poil plus loin et revenir vers le poste frontière canadien afin qu’il nous remette nos passeports.

Nous remontons dans le 4x4 et comme de bien entendu, je commence par me planter d’itinéraire, n’ayant rien compris des explications du douanier, en me dirigeant d’une pédale d’accélération décidée, droit sur les Etats-Unis. Je réalise mon erreur lorsqu’une nuée de points rouges peu engageants commencent à balayer la carrosserie. Devant tant d’arguments convaincants et la sonore poésie de mon frère (« Putain, tête de vier, t’as encore rien compris!! Va t’acheter des cours d’anglais! »), je rebrousse chemin direction Woody.

Il nous remet les documents et nous souhaite un bon retour au Canada. Tellement charmant.

 

Welcome back!

À ce stade, vous vous dites que l’histoire est finie. Oh que non!

Parce qu’une fois que les Américains t’ont refusé l’accès à leur territoire, les Canadiens deviennent soupçonneux en crisse. Alors que nous pensions retourner à Montréal sans autre forme de procès, la première question du douanier ne laisse rien augurer de bon.

« Pourquoi on vous a refusé l’accès?

-         C’est un problème de photo sur le passeport de mon père.

-         Y’a aucun problèmes avec ces passeports. C’est qu’il doit y avoir autre chose!

-         Autre chose???

-         Avez-vous un dossier criminel?

-         C’est une blague?

-         Garez-vous là bas et rentrez dans le bâtiment, nous allons procéder à certaines vérifications. »

Et rebelote pour une heure supplémentaire. Bref, la joie des voyages (des)organisés.

Le retour vers Montréal s’est passé sous le signe d’un concours de synonymes avec pour thème l’amour immodéré des Français pour les States, remporté haut la main par un Laurent furibard qu’il a fallu calmer pour l’empêcher de découvrir contre son gré les vertus des voyages gratos sponsorisés par le gouvernement canadien.

Du coup, il a fallu trouver un autre plan. Ok nous avions une chambre d’hôtel dans le cul, mais ça n’était pas ce qui allait nous abattre.

Après avoir écarté la suggestion plus que malvenue de Laurent qui sur un ton candide me demandait « et si on allait à Toronto? », nous décidâmes de prendre un brin de repos et de nous casser aussi sec dans les Laurentides pour admirer les paysages et se tirer la bourre en Motoneige. Ledit épisode fera d’ailleurs l’objet d’une note très prochaine. Mais celle-ci étant déjà suffisamment longue, et vous entendant réclamer grâce, je vous infligerai un autre calvaire littéraire plus tard.

par Moul Boul publié dans : moulboulexperience
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Dimanche 18 novembre 2007

Où l’on apprend que l’attrait du Québec varie au rythme de la température place Jacques Cartier, que la même logique s’applique au pays de la sauce Salsa et de Luis Mariano et qu’introduire une réceptionniste déjantée dans un musée des beaux-arts peut rendre une visite chiante à en crever en une divertissante expérience.

 

19 juillet 2007 : Le Québec est un pays (une province, une nation, un bout de territoire, un point sur la carte, un groupe de gens avec un accent rigolo ?) merveilleux. Il fait un temps magnifique, les journées sont longues et chaudes, la vie culturelle bat son plein. On a du mal à faire son choix entre le festival de Jazz, le festival du rire, le Grand Prix… Le soir, les terrasses de la rue Crescent sont pleines, la température est douce comme les jambes des femmes, que cachent à peine leurs robes légères. Ahhh… (soupir de contentement), j’adore le Québec! Et puis les gens sont adorables. Faut que je songe à m’installer ici, engrosser une pitoune et investir mon PEL dans une Volvo break, des pneus neige et un colley type Lassie.

 

12 novembre 2007 : Putain, ça fait déjà une semaine qu’on se tape notre -3 quotidien et on est que début novembre. Et encore aujourd’hui c’est fête, on n’a pas de vent et il fait soleil! Il neige comme Rocco qui éjacule sur la Côte-Nord et comme disent les vieux ici « Quand y neige sur la Côte-Nord ça va pas fort! » Il fait nuit noire à 16 heures et le moral commence à être sérieusement entamé par les assauts du climat hostile. La seule distraction notable dans le néant culturel montréalais pré-hiver consiste en un pseudo salon du Bourget avec la venue de l’A380 à l’aéroport Trudeau. C’est décidé, je hais le Québec! En plus les rues s’affaissent, les ponts tombent au même titre que le toit du stade olympique. Je ne veux plus entendre les Français chialer sur la température de cul dans l’Hexagone en cette mi-novembre. Chu pu capab’ d’entendre au bout du fil, la gorge serrée par l’émotion un « il fait que 13 à Lyon, tu te rends compte? L’hiver arrive vraiment tôt cette année » ou de lire dans un mail fébrile « On commence à franchement se geler à Paname » quand météo-média m’annonce dans le même temps que la Ville lumière ne cède qu’un seul petit degré à la capitale des Gaulles.

 

Méfie toi quand c’est pas cher pour aller au Canada

Ne t’inquiète pas cher lecteur, et toi non plus cher justicier masqué québécois, tout ça c’est pour de rire. Je ne déteste pas le Québec pour de vrai. J’ai seulement un problème avec les caprices de la température nord-est américaine.

Du coup, vous l’aurez compris, ça pèle sec du coté de chez Garou et pendant que le rocailleux chanteur se tape Lorie sous le soleil des Bahamas, chaque jour qui passe à Montréal me fait prendre conscience que Boubounette va sérieusement en chier quand elle va sortir de l’avion. Je songe à lui acheter une tenue bibendum estampillée du logo du Canadien du plus bel effet.

 

Et dire que Laurent (le père de Boubounette et accessoirement mon frère) se réjouissait d’avoir fait l’affaire du siècle en achetant des billets pour le Québec à cette période. Une fois qu’il aura pris place dans le cockpit désert, peut-être aura-t-il la révélation. Personne ne vient au Québec en décembre! Au contraire, la province se dépeuple aussi sûrement  Comme le dit l’un de mes collègues de boulot, « c’est la période des morts. » Charmant!

 

Afin de ne pas laisser le climat rugueux dicter sa loi, et surtout pour ne pas rester le cul vissé à la casba, j’ai entrepris de sortir notre réceptionniste délurée au musée des beaux-arts de Montréal, samedi dernier. Pour être plus précis, elle a décidé que je devais la traîner dans les galeries d’un musée, peu importe lequel. Devant son regard suppliant que n’aurait renié le chat botté de Shrek, j’ai eu la faiblesse de me plier à la demande. Et bien m’en a pris puisque je dois avouer que nos déambulations au milieu des croûtes des noms illustres de la peinture ont soudain pris un tour fort intéressant. Je dois préciser à ce stade de l’histoire qu’il s’agissait, pour celle qui me menace quotidiennement de plainte pour discrimination (appelons là pour respecter son anonymat « cépasskechuinoire? »), de sa première visite dans un musée! Et un dépucelage culturel c’est assez intéressant à vivre (C’est aussi bien stressant puisque après avoir fait le malin hors musée à balancer de la référence wikipédia, il faut assurer comme une bête devant Dali pour masquer ses faiblesses en histoire de l’art face aux étudiants en beaux arts de McGill venus justement se détendre les neurones cet après-midi ci).

 

Y’en a qui se retournent dans leur tombe

Imaginez plutôt, une jeune femme de 28 ans, bien dans sa vie, bien dans son corps (bien qu’extrêmement orgueilleuse), à la pointe de la mode, apprêtée de la tête aux pieds comme pour le bal des débs, à la suite du haut-alpin mal dégrossi que je n’ai cessé d’être depuis Grenoble, en train de s’extasier sur la moindre galerie d’art au rabais qui jouxte l’édifice du savoir. Première étape, lui expliquer que non, il ne s’agit pas du musée en tant que tel, que toute pièce qui renferme des tableaux n’en est pas nécessairement un.

Aux sempiternels « Et c’est qui celui-là de peintre? » répondent de plus en plus agacés « Mais bordel, je sais pas, c’est encore un de ces torches pinceaux québécois avec juste assez de talent pour exercer place du Tertre. Voudrais-tu bien la mettre en veilleuse jusqu’à ce qu’on arrive au musée? »

 

Mais le cœur de l’action se situe dans la salle des peintres modernes. Dans un petit 300m², les murs se parent des coups de pinceaux géniaux des plus grands noms du cubisme, de l’impressionnisme, du pointillisme… Cézanne le dispute à Monet qui lui-même fait face à Dali. Les visiteurs au garde à vous observent un silence religieux et prennent des poses inspirées afin de convaincre leurs comparses de toute la science esthétique qu’ils portent en eux. Seule une voix peu complexée se fait entendre et brise l’implicite règle muséale du « ferme ta gueule et contemple ».

« Bon alors, c’est qui lui?

-         Ben c’est une toile de Monet, le peintre à l’origine du mouvement impressionniste

-         Et ça représente quoi?

-         Les côtes normandes en France

-         C’est ben fade!

-         Mais non, c’est tout en nuances, c’est doux, c’est le but de la toile, laisser passer le ressenti de l’artiste.

-         Et lui, c’est qui?

-         Ah, lui c’est Cézanne, le peintre de ma région. Regarde comme c’est subtil, comme c’est beau, comme c’est épuré alors que dans le même temps on ressent toute l’intensité de la Provence. Il était le principal concurrent de Renoir aux beaux...

-         C’est laid!

-        

-         Bon, je vais m’asseoir en attendant que t’aie fini de t’émerveiller devant chaque tableau.

-         Putain, mais c’est pas un banc public, c’est un bronze de Rodin! Espèce d’inculte!

-         Ouhhh? C’est parc’que chuis noire? »

 

Le reste de la visite a été du même acabit, autant vous dire que j’étais bien content de quitter les lieux, même si je dois dire que tout cela a été bien rafraîchissant.

Sinon, c’est confirmé, j’ai obtenu mes vacances, saigné mon portefeuille, je pars me faire cramer l’épiderme sur le sable d’Acapulco du 20 décembre au 6 janvier!!

Les premiers flocons sont tomés sur Montréal, marquant l’implacable début de la migration canadienne vers les contrées du sud. En vertu d’une règle sociale, plus t’as de thune, plus tu descends, les moins riches se ramassent sur les côtes de Floride et les plus aisés à siroter une Caïpirinha au Brésil.

Sur la photo, c’est Pépé, mon ancien coloc mexicain avec la maillot de Nasri. Dans le mooonde l’Ohaimeux!!
par Moul Boul publié dans : moulboulexperience
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