Où l’on apprend que Moul Boul envisage son grand come-back dans le show business de la plume (qui a dit « dans le cul ? »), que dans les allées feutrées des temples de la culture peut parfois se trouver la pire des enflures et que les Pères Chartreux cachent sous leurs soutanes désuètes une redoutable stratégie marketing.
Je te reviens cher lecteur après une longue période de diète scribouillarde. Ces derniers temps, mon moral flirtait avec les vallées abyssales, oubliant de tutoyer les cimes enneigées du Makalu ou du K2. Bref, je me suis fait ma petite traversée du désert perso. La volonté affichée de Radio Canada de se passer de mes talents y est probablement pour beaucoup. Je passerai donc en vitesse sur l’épisode, bien peu intéressant au demeurant. Adieu la vue sur le pont Jacques Cartier depuis le 22ème étage de la Tour Radio Canada. Quand je vous disais que j’aurais dû draguer la Chantal de l’entrée…
Donc, pour votre info, mon principal tort fût de ne pas connaître suffisamment le Québec et le Canada, notamment en ce qui concerne le sport et l’économie. La politique, j’avais suivi et j’ai pas mal cartonné le questionnaire qui y avait trait.
J’en entend déjà lancer de sonores « Scandaleux ! » et de vitupérant « c’est une honte ! ». Certes, mais pour ma défense, je plaiderai qu’une seule petite semaine pour ingérer la dose réglementaire de Québec, qui plus est en travaillant à côté, c’était un poil ambitieux. Pour ce qui est du sport, je tiens à rappeler à ceux que je sens arborer un sourire ironique, qu’ici le football se prononce soccer et que le seul représentant hexagonal à haut niveau se prénomme Christobal Huet. Et que contrairement à ce que j’ai récemment lu sur le site de l’Equipe ou de Sports.fr, ma mémoire me trahissant, il ne s’agit pas d’un basketteur, mais d’un gardien de Hockey extrêmement réputé ici. Vous me direz les Japonais adorent Mireille Matthieu…
Au chapitre économique, sortez moi des noms d’entreprises canadiennes, si l’on excepte Bombardier qui pique des contrats à Alstom, Nortel, Alcan, Rogers et Telus (et déjà là, je fais mieux que, disons 8 sur 10 d’entre vous).
Tout ça pour dire que les portes de l’ascenseur et de son « Espace musique » me sont désormais fermées. J’essaierai de prendre l’escalier. Paraît que je peux repasser le concours dans six mois.
Je suis pourtant retourné user la moquette des couloirs de Radio Canada. Oh, pas par masochisme. Ma démarche n’était pas non plus liée à un rite exorciste quelconque. Non, j’avais simplement rendez-vous avec…Alain Gravel !!!
Certes, mais qui qui c’est Alain Gravel ? Ben en premier lieu, c’est lui. Il anime l’émission Enjeux, alter ego accentué d’Envoyé Spécial et est accessoirement, président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec. Autant dire un poids lourd du paysage audiovisuel québécois et canadien.
Très pro, foncièrement affable et intarissable sur son métier, il m’accueille en toute décontraction entre une séance de gym, le montage d’une enquête et les ultimes préparatifs de son voyage de deux semaines en Europe, pour lequel il décolle le lendemain à l’aube. Rien de plus naturel après tout. Guilaine Chenu et Françoise Joly m’auraient gentiment décommandé pour bien moins que ça.
En trois mots, le bonhomme souffle sur mon moral en berne et lui redonne de l’allure. Il parle du métier comme jamais je n’ai entendu parler un journaliste, aussi réputé soit-il, n’hésitant pas à paraître dur avec ses confrères qu’il estime trop confortablement installés dans leurs certitudes et leurs enviables positions. Mais tout ça n’a rien de gratuit, c’est le constat un peu triste d’une réalité que j’ai déjà effleurée. Mais lui s’accroche, ne se laisse pas aller à des atermoiements de bon aloi. Je le soupçonne de ne jamais avoir laissé retomber la passion qui l’animait à l’aube de ses 20 ans. Je l’envie. J’admire la sérénité qu’il dégage et qui tranche singulièrement avec les convulsions frénétiques de son téléphone portable, visiblement atteint d’hyperactivité.
Il me donne des tonnes de conseils, m’explique que me prendre dans son équipe, même en stage, serait assez difficile, m’encourage à reprendre une formation en montage vidéo et son pour accroître mes compétences. Son enthousiasme est communicatif, et voilà la motivation qui repointe le bout de son nez.
Après cette rencontre en tout point positive, ma décision est prise. Je reprend la plume !
Mais pour ce faire, je dois continuer à m’améliorer, à explorer, découvrir, intégrer la culture du Québec. Et à ce titre, quel meilleur endroit que la grande bibliothèque de Montréal, siège des archives nationales (N.B. le Québec est une Nation) ? Me voici donc en route pour l’arrogant édifice de béton, d’acier et de verre, aussi réputé pour l’influence culturelle qu’il exerce, que pour les panneaux vitrés qu’il laisse échapper. Pour peu, on se croirait à la Fac de Lettres d’Aix-en-Provence, la connaissance en plus, les babs jointés en moins.
Week-end de Pâques oblige, une partie seulement de l’immense collection est mise à disposition et les visiteurs sont cantonnés à une salle ridiculement étroite. Autant vous dire que les places sont chères. Les gardiens, costard noir comme l’enfer et talkie collé aux lèvres, traquent sans répit les lecteurs harassés qui tentent de soulager leur fatigue en tendant une fesse prudente vers la moquette. Pas de salut pour le feuilleteur du dimanche (du lundi en l’occurrence) ! Après avoir déambulé un bon quart d’heure entre les rayonnages et jeté mon dévolu sur le bouquin d’un journaliste américain, en VO, traitant des déboires du journalisme d’investigation, je repère une jeune fille prête à quitter son fauteuil. Tous mes sens aux aguets, je contracte tous mes muscles, me ramasse sur moi-même et m’élance avec une vigueur que je ne me connaissais pas, vers l’objet de ma convoitise fatiguée. Surtout, faire en sorte que personne ne la voie. Vœu pieu. Les fauteuils en ce lundi sont une denrée aussi rare que les jeunes journalistes au Nouvel Observateur. Il faut jouer des coudes et si possible les enfoncer dans a gorge de ses compétiteurs. Sous ses dehors courtois, la bibliothèque est une zone de non-droit barbare.
Après avoir brisé trois ou quatre cols du fémur, (qui dit culture dit personnes âgées, la tâche est plus aisée), j’arrive à mes fins et me vautre sur le siège profond et confortable. Mes jambes lourdes apprécient le repos que je leur offre. Mon corps meurtri par une trop longue attente en station verticale, exulte. Tandis que je reste là à apprécier ma victoire et à narguer du regards mes vis-à-vis à la mine déconfite, mon regard est accroché par mon voisin de droite. Englouti sous un immense anorak arborant une gigantesque capuche bordée de moumoute, immenses lunettes de soleil qui lui mangent la moitié du visage, piercings abondants et rangers aux pieds, Christian (Jocelyn ? Raoul ?) a l’air de s’être planté d’after. Je le soupçonne de cuver un abus de cachetons en rave. Il ne bouge pas. A tel point que je commence à sérieusement douter de l’état de ses fonctions vitales.
Je suis assez rapidement rassuré. L’une des agentes de sécurité de la bibliothèque passe à notre hauteur. La peau d’ébène, elle semble très clairement avoir des origines haïtiennes. Elle ne l’avait pas remarqué. D’un coup, le silence de cathédrale, d’ordinaire à peine troublé par le bruissement des pages que l’on tourne, est déchiré par une voix rauque qui l’est tout autant.
« Dis donc ma Criss’ de négresse, t’es originaire d’où ?
- Voulez-vous bien baisser d’un ton monsieur, s’il vous plaît ?
- J’t’ai demandé d’où tu viens
- Si vous voulez vous exprimer, je vous demanderais de sortir, vous troublez la quiétude des usagers de la Bibliothèque
- Tu ferais bien de rentrer dans ton pays mon Ostie, sinon tu vas être extradée »
J’ai ainsi assisté à ma première scène de pur racisme, au sein même d’une institution qui favorise généralement la tolérance et exalte la diversité. Je vous rassure donc, il existe aussi des trous du cul au Québec.
L’agente, devant l’attitude récalcitrante du bonhomme, s’en va chercher des collègues qui enjoignent le bruyant personnage de quitter les lieux sur le champ. Et le voilà qui se met à gueuler que la Bibliothèque nationale ne respecte pas les droits de la personne, provoquant le rire général de l’assemblée, le mien excepté. Putain le con ! Tu vas voir qu’il va appeler demain à la Commission pour porter plainte contre les archives du Québec. Faudra que je prévienne la réceptionniste.
J’aurais aimé vous conter qu’il avait effectivement tenté de porter son cas devant la justice. A ce jour il n’en est rien. En tout cas, ça alimente le blog.
L’un des avantages d’être en Amérique du Nord, c’est que l’on peut voir un mois en avance, par rapport à la France, ce que les studios hollywoodiens peuvent offrir de mieux (et de pire aussi), et que les films français chiants arrivent ici trois mois en retard et après avoir subi un efficace filtrage.
Je me suis donc réfugié lundi soir dans une salle obscure pour découvrir l’excellent Grindhouse des deux fous furieux que sont Tarantino et Rodriguez. Je ne peux que vous conseiller chaleureusement ce délire kitschissime et délicieux. Il sort le 6 juin chez vous.
Je ne vais pas vous raconter le… Le quoi d’ailleurs ? Enfin ça quoi. Néanmoins, je dois vous préciser que ma surprise fût grande. Sous mes yeux alternativement ébahis, effrayés, interrogateurs, défilait « Death proof », l’opus de Tarantino. Le réalisateur apparaît furtivement dans son film, dans la peau d’un barman déjanté, dans un bouge pourri au milieu d’un bled paumé du midwest américain. Les esprits s’échauffent. Les acteurs se rapprochent dangereusement du coma éthylique. Et voilà Tarantino qui jette sur la table des shooters aux allures de pintes, remplis à ras-bord d’un liquide verdâtre, tout en hurlant « goûtez moi ça, c’est la maison qui offre ! »
Les convives s’exécutent, manquent de s’étouffer, grimâcent et finalement parviennent à demander dans un souffle « Putain, mais c’est quoi ce truc ? ». « De la Chartreuse ! » leur répond crânement un Tarantino monté sur piles, tandis que le sigle s’affiche en néon dans la vitrine du bar.
Et là, les souvenirs de Grenoble me sont revenus en mémoire. Ils sont vraiment trop forts ces pères Chartreux ! Je serai curieux de savoir comment ils ont obtenu le placement de produit. Je suppose que Quentin ne le leur a pas proposé en passant du côté de Bourgoin-Jallieu.
En tout cas.
Ce week-end, direction Toronto et les chutes du Niagara.
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Où l’on apprend que Moul Boul s’interroge sur le pourquoi d’une capitale fédérale si petite (mais très belle au demeurant), que la police outaouaise doit avoir des gènes communs avec Lucky Luke et que le divorce d’ordre locataire est prononcé (et que le divorcé va bien, merci pour lui).
Où l’on apprend que la glace n’est pas exclusive au pastis, que les autoroutes Québécoises ressemblent à s’y méprendre à celles du Pas-de-Calais et que nos compatriotes des DOM ont une interprétation personnelle de l’hospitalité.