Jeudi 12 avril 2007

Où l’on apprend que Moul Boul envisage son grand come-back dans le show business de la plume (qui a dit « dans le cul ? »), que dans les allées feutrées des temples de la culture peut parfois se trouver la pire des enflures et que les Pères Chartreux cachent sous leurs soutanes désuètes une redoutable stratégie marketing.

 

 

Je te reviens cher lecteur après une longue période de diète scribouillarde. Ces derniers temps, mon moral flirtait avec les vallées abyssales, oubliant de tutoyer les cimes enneigées du Makalu ou du K2. Bref, je me suis fait ma petite traversée du désert perso. La volonté affichée de Radio Canada de se passer de mes talents y est probablement pour beaucoup. Je passerai donc en vitesse sur l’épisode, bien peu intéressant au demeurant. Adieu la vue sur le pont Jacques Cartier depuis le 22ème étage de la Tour Radio Canada. Quand je vous disais que j’aurais dû draguer la Chantal de l’entrée…

Donc, pour votre info, mon principal tort fût de ne pas connaître suffisamment le Québec et le Canada, notamment en ce qui concerne le sport et l’économie. La politique, j’avais suivi et j’ai pas mal cartonné le questionnaire qui y avait trait.

J’en entend déjà lancer de sonores « Scandaleux ! » et de vitupérant « c’est une honte ! ». Certes, mais pour ma défense, je plaiderai qu’une seule petite semaine pour ingérer la dose réglementaire de Québec, qui plus est en travaillant à côté, c’était un poil ambitieux. Pour ce qui est du sport, je tiens à rappeler à ceux que je sens arborer un sourire ironique, qu’ici le football se prononce soccer et que le seul représentant hexagonal à haut niveau se prénomme Christobal Huet. Et que contrairement à ce que j’ai récemment lu sur le site de l’Equipe ou de Sports.fr, ma mémoire me trahissant, il ne s’agit pas d’un basketteur, mais d’un gardien de Hockey extrêmement réputé ici. Vous me direz les Japonais adorent Mireille Matthieu…

Au chapitre économique, sortez moi des noms d’entreprises canadiennes, si l’on excepte Bombardier qui pique des contrats à Alstom, Nortel, Alcan, Rogers et Telus (et déjà là, je fais mieux que, disons 8 sur 10 d’entre vous).

Tout ça pour dire que les portes de l’ascenseur et de son « Espace musique » me sont désormais fermées. J’essaierai de prendre l’escalier. Paraît que je peux repasser le concours dans six mois.

Je suis pourtant retourné user la moquette des couloirs de Radio Canada. Oh, pas par masochisme. Ma démarche n’était pas non plus liée à un rite exorciste quelconque. Non, j’avais simplement rendez-vous avec…Alain Gravel !!!

Certes, mais qui qui c’est Alain Gravel ? Ben en premier lieu, c’est lui. Il anime l’émission Enjeux, alter ego accentué d’Envoyé Spécial et est accessoirement, président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec. Autant dire un poids lourd du paysage audiovisuel québécois et canadien.

Très pro, foncièrement affable et intarissable sur son métier, il m’accueille en toute décontraction entre une séance de gym, le montage d’une enquête et les ultimes préparatifs de son voyage de deux semaines en Europe, pour lequel il décolle le lendemain à l’aube. Rien de plus naturel après tout. Guilaine Chenu et Françoise Joly m’auraient gentiment décommandé pour bien moins que ça.

En trois mots, le bonhomme souffle sur mon moral en berne et lui redonne de l’allure. Il parle du métier comme jamais je n’ai entendu parler un journaliste, aussi réputé soit-il, n’hésitant pas à paraître dur avec ses confrères qu’il estime trop confortablement installés dans leurs certitudes et leurs enviables positions. Mais tout ça n’a rien de gratuit, c’est le constat un peu triste d’une réalité que j’ai déjà effleurée. Mais lui s’accroche, ne se laisse pas aller à des atermoiements de bon aloi. Je le soupçonne de ne jamais avoir laissé retomber la passion qui l’animait à l’aube de ses 20 ans. Je l’envie. J’admire la sérénité qu’il dégage et qui tranche singulièrement avec les convulsions frénétiques de son téléphone portable, visiblement atteint d’hyperactivité.

Il me donne des tonnes de conseils, m’explique que me prendre dans son équipe, même en stage, serait assez difficile, m’encourage à reprendre une formation en montage vidéo et son pour accroître mes compétences. Son enthousiasme est communicatif, et voilà la motivation qui repointe le bout de son nez.

Après cette rencontre en tout point positive, ma décision est prise. Je reprend la plume !

Mais pour ce faire, je dois continuer à m’améliorer, à explorer, découvrir, intégrer la culture du Québec. Et à ce titre, quel meilleur endroit que la grande bibliothèque de Montréal, siège des archives nationales (N.B. le Québec est une Nation) ? Me voici donc en route pour l’arrogant édifice de béton, d’acier et de verre, aussi réputé pour l’influence culturelle qu’il exerce, que pour les panneaux vitrés qu’il laisse échapper. Pour peu, on se croirait à la Fac de Lettres d’Aix-en-Provence, la connaissance en plus, les babs jointés en moins.

Week-end de Pâques oblige, une partie seulement de l’immense collection est mise à disposition et les visiteurs sont cantonnés à une salle ridiculement étroite. Autant vous dire que les places sont chères. Les gardiens, costard noir comme l’enfer et talkie collé aux lèvres, traquent sans répit les lecteurs harassés qui tentent de soulager leur fatigue en tendant une fesse prudente vers la moquette. Pas de salut pour le feuilleteur du dimanche (du lundi en l’occurrence) ! Après avoir déambulé un bon quart d’heure entre les rayonnages et jeté mon dévolu sur le bouquin d’un journaliste américain, en VO, traitant des déboires du journalisme d’investigation, je repère une jeune fille prête à quitter son fauteuil. Tous mes sens aux aguets, je contracte tous mes muscles, me ramasse sur moi-même et m’élance avec une vigueur que je ne me connaissais pas, vers l’objet de ma convoitise fatiguée. Surtout, faire en sorte que personne ne la voie. Vœu pieu. Les fauteuils en ce lundi sont une denrée aussi rare que les jeunes journalistes au Nouvel Observateur. Il faut jouer des coudes et si possible les enfoncer dans a gorge de ses compétiteurs. Sous ses dehors courtois, la bibliothèque est une zone de non-droit barbare.

Après avoir brisé trois ou quatre cols du fémur, (qui dit culture dit personnes âgées, la tâche est plus aisée), j’arrive à mes fins et me vautre sur le siège profond et confortable. Mes jambes lourdes apprécient le repos que je leur offre. Mon corps meurtri par une trop longue attente en station verticale, exulte. Tandis que je reste là à apprécier ma victoire et à narguer du regards mes vis-à-vis à la mine déconfite, mon regard est accroché par mon voisin de droite. Englouti sous un immense anorak arborant une gigantesque capuche bordée de moumoute, immenses lunettes de soleil qui lui mangent la moitié du visage, piercings abondants et rangers aux pieds, Christian (Jocelyn ? Raoul ?) a l’air de s’être planté d’after. Je le soupçonne de cuver un abus de cachetons en rave. Il ne bouge pas. A tel point que je commence à sérieusement douter de l’état de ses fonctions vitales.

Je suis assez rapidement rassuré. L’une des agentes de sécurité de la bibliothèque passe à notre hauteur. La peau d’ébène, elle semble très clairement avoir des origines haïtiennes. Elle ne l’avait pas remarqué. D’un coup, le silence de cathédrale, d’ordinaire à peine troublé par le bruissement des pages que l’on tourne, est déchiré par une voix rauque qui l’est tout autant.

« Dis donc ma Criss’ de négresse, t’es originaire d’où ?

-         Voulez-vous bien baisser d’un ton monsieur, s’il vous plaît ?

-         J’t’ai demandé d’où tu viens

-         Si vous voulez vous exprimer, je vous demanderais de sortir, vous troublez la quiétude des usagers de la Bibliothèque

-         Tu ferais bien de rentrer dans ton pays mon Ostie, sinon tu vas être extradée »

J’ai ainsi assisté à ma première scène de pur racisme, au sein même d’une institution qui favorise généralement la tolérance et exalte la diversité. Je vous rassure donc, il existe aussi des trous du cul au Québec.

L’agente, devant l’attitude récalcitrante du bonhomme, s’en va chercher des collègues qui enjoignent le bruyant personnage de quitter les lieux sur le champ. Et le voilà qui se met à gueuler que la Bibliothèque nationale ne respecte pas les droits de la personne, provoquant le rire général de l’assemblée, le mien excepté. Putain le con ! Tu vas voir qu’il va appeler demain à la Commission pour porter plainte contre les archives du Québec. Faudra que je prévienne la réceptionniste.

J’aurais aimé vous conter qu’il avait effectivement tenté de porter son cas devant la justice. A ce jour il n’en est rien. En tout cas, ça alimente le blog.

L’un des avantages d’être en Amérique du Nord, c’est que l’on peut voir un mois en avance, par rapport à la France, ce que les studios hollywoodiens peuvent offrir de mieux (et de pire aussi), et que les films français chiants arrivent ici trois mois en retard et après avoir subi un efficace filtrage.

Je me suis donc réfugié lundi soir dans une salle obscure pour découvrir l’excellent Grindhouse des deux fous furieux que sont Tarantino et Rodriguez. Je ne peux que vous conseiller chaleureusement ce délire kitschissime et délicieux. Il sort le 6 juin chez vous.

Je ne vais pas vous raconter le… Le quoi d’ailleurs ? Enfin ça quoi. Néanmoins, je dois vous préciser que ma surprise fût grande. Sous mes yeux alternativement ébahis, effrayés, interrogateurs, défilait « Death proof », l’opus de Tarantino. Le réalisateur apparaît furtivement dans son film, dans la peau d’un barman déjanté, dans un bouge pourri au milieu d’un bled paumé du midwest américain. Les esprits s’échauffent. Les acteurs se rapprochent dangereusement du coma éthylique. Et voilà Tarantino qui jette sur la table des shooters aux allures de pintes, remplis à ras-bord d’un liquide verdâtre, tout en hurlant « goûtez moi ça, c’est la maison qui offre ! »

Les convives s’exécutent, manquent de s’étouffer, grimâcent et finalement parviennent à demander dans un souffle « Putain, mais c’est quoi ce truc ? ». « De la Chartreuse ! » leur répond crânement un Tarantino monté sur piles, tandis que le sigle s’affiche en néon dans la vitrine du bar.

Et là, les souvenirs de Grenoble me sont revenus en mémoire. Ils sont vraiment trop forts ces pères Chartreux ! Je serai curieux de savoir comment ils ont obtenu le placement de produit. Je suppose que Quentin ne le leur a pas proposé en passant du côté de Bourgoin-Jallieu.

En tout cas.

Ce week-end, direction Toronto et les chutes du Niagara.

Par Moul Boul - Publié dans : moulboulexperience
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Mardi 3 avril 2007

Où l’on apprend que Moul Boul s’interroge sur le pourquoi d’une capitale fédérale si petite (mais très belle au demeurant), que la police outaouaise doit avoir des gènes communs avec Lucky Luke et que le divorce d’ordre locataire est prononcé (et que le divorcé va bien, merci pour lui).

 

Peut-être ne vous l’ai-je pas précisé, mais si le mardi, c’est Kiri, ce week-end (cette fin de semaine), c’était Ottawa. Alors, pour tous les incultes à forte tendance hexagonale qui lisent ces modestes lignes, la capitale du Canada fédéré n’est pas Toronto, ni Vancouver, pas plus qu’Hérouxville (pas Whistler non plus, même si cet état de fait est des plus incompréhensibles). Non, la capitale de tout le Canada, Québec compris, c’est… Ottawa. Pour ceux auxquels les subtilités de la géographie canadiennes échapperaient, Ottawa est située à environ 200 kilomètres à l’Ouest de Montréal, dans la province à dominante anglophone de l’Ontario.

Mes inséparables comparses Fabrice et Vinh, nos trois Mexicaines et deux de leurs amis sont du voyage. Après avoir bataillé une semaine et épuisé la patience de tout ce que Montréal compte d’agences de location de voiture dans l’espoir main de mettre la main sur le véhicule de 8 places qui pourra nous amener tous à destination, nous révisons nos tables de multiplication et optons pour deux Ford Focus du plus mauvais effet (la mienne était d’une couleur or discutable, dont le bon goût semblait tout droit sorti de « Pimp my ride »). Après répartition des équipes, nous entreprenons de remonter le boulevard René Lévesque à la recherche de la 720 ouest, qui doit nous mener vers cet inconnu que nous appelons de nos vœux. Non sans une certaine appréhension. Les légendes les plus diverses circulent sur Ottawa. On aurait vu l’ectoplasme Jean-Pierre Raffarin errer dans les travées du parlement, la ville serait livrée aux Sénateurs qui auraient érigé des barricades bureaucratiques à faire perdre la raison aux plus procéduriers des avocats et certains disent même que Stephen Harper y aurait été vu à plusieurs reprises pour, je cite, « diriger le Canada ». Un conservateur ! A-t-on idée !

Mais surtout, les échos s’accordent sur un point. « Ottawa c’est petit et plate (chiant en québécois) ». Je m’attends donc à une catastrophe immobilière du genre de Limoges doublée d’un état d’esprit étriqué que ne renieraient pas les Stéphanois massés dans le Chaudron qui soit dit en passant, semblent avoir mis la main sur une méchante promo défaite au rayon L1 (n’est-il pas Stéphanie ?). Autant vous dire que les images qui défilent devant mes yeux au moment où j’enfonce l’accélérateur sont bien peu engageantes.

Malgré tout, nous faisons fi du danger de nous retrouver en tête-à-tête avec un caribou sur le bitume défoncé des autoroutes québécoises, danger matérialisé par de multiples panneaux jaunes à l’effigie du cervidé.

Au terme de deux heures et demi de route et de conversation à bâtons rompus en espagnol, français et anglais, je ne sais plus où j’ai la langue maternelle. L’arrivée sur Ottawa est des plus décevantes. Je me suis trompé sur un point. L’architecture des faubourgs ne ressemble en rien à Limoges, mais présente en revanche un air de famille avec Roubaix. Aux alentours de 10h30 samedi matin, les rues sont loin des travées du stade Geoffroy Guichard, et rappellent plutôt, étrangement le stade Louis II. Pour ceux dont la culture footbalistique se limite au « coup de boule de Zidane dans…euh… comment y s’appelle l’autre enculé d’Italien ? », y’a dégun.

Nous mettons le pneu sur un parking souterrain gratuit le week-end (les Ottawa…riens ? is ?… bref, les habitants d’Ottawa ignoreraient-ils les plus élémentaires règles de l’économie de marché ?) situé à quelques centaines de mètres à peine du cœur historique de la capitale. C’est le moment que choisissent mes craintes pour s’évanouir. Si les canadiens savent bien faire une chose, c’est conserver leurs bâtiments anciens.

Hormis le fait qu’Ottawa n’est pas aussi petite qu’on le dit, ni d’ailleurs aussi soporifique (pour une ville d’administration, c’est pas mal), l’ambiance y est également très différente de Montréal. L’influence anglaise est très palpable. L’horloge du Parlement pompe éhontement son carillon sur Big Ben, tandis que la Reine Elizabeth II est représentée chevauchant fièrement un bien improbable mais fier destrier. Vu les rhumatismes que doit se taper la Mère Royale (et non pas la mère Royal) pour pas dérider un sourire, il est fort probable que la scène soit le simple fruit de l’imagination d’un sculpteur délirant. Tout cela et bien plus sera bientôtvisible dans une nouvelle galerie photo.

Les parcs même qui parsèment la ville ont un petit côté jardin anglais. C’est bien simple, on se croirait à Notting Hill, la rivière Ottawa et les fous en plus, Hugh Grant cherchant désespérément à se taper Julia Roberts en moins.

Des fous ? Comment ça des fous ? Tout à fait ma p’tite dame ! Et je peux vous dire que l’original que nous avons croisé semblait avoir un sérieux contentieux avec Vivaldi (rien à voir avec une fameuse multinationale de l’entertainment et de l’environnement) et tous ses confrères compositeurs.

Après nous être arrêtés pour nous restaurer dans le parc jouxtant les écluses d’Ottawa, notre regard est attiré par un nombre incalculables d’emballages de CD jonchant le gazon renaissant. Après avoir émis les cris de réprobation réglementaire, nous cherchons naturellement à localiser la source de cette pollution plastique, bien décidés à tirer l’oreille du vilain détracteur du Pacte écologique d’un célèbre animateur d’émission nature. Non sans nous être assurés par avance, en nous référant aux étiquettes sur les emballages, que ledit manant ne disposait pas de CD que nous pourrions négocier en échange de notre complaisante ignorance.

Au centre du parc se dresse un bloc de granit d’environ deux mètres de haut au sommet duquel trône un original, « tracassé sec » comme diraient mes comparses dans un toulousain impeccable. Le jeune homme, pieds nus et le crâne couvert d’imposants écouteurs, alterne positions de méditation et période de folie pure. Quand il ne maltraite pas violemment les sacs plastiques qu’il à lui même jeté à terre, les prenants à partie comme un CRS, un jeune sans-papiers scolarisé, Mowgli (c’est ainsi que nous avons fini par le surnommer tant la ressemblance avec le héros du Livre de la jungle était flagrante) s’amuse à lancer son stock des œuvres de Beethov’, Bach et Mozart au visage des passants qui ont l’imprudence de se porter à sa hauteur. Volontairement ou non. Peut-être s’agissait-il là d’une performance de dans contemporaine, une critique au vitriol de la marchandisation rampante de la culture. L’hypothèse nous a bien traversé l’esprit, d’autant plus que notre proximité avec le musée des Beaux-arts du Canada aurait pu rendre la chose crédible. La piste fût vite abandonnée.

Après cette belle journée au cours de laquelle j’ai pris mes premiers coups de soleil canadiens, nous envisageons de reprendre la route dans le sens inverse. Afin de prévenir tout risque d’endormissement au volant, grandement renforcé par l’usage du cruise control (le contrôleur de vitesse), quel meilleur antidote qu’une grande tasse de café ? Ok, le malaxage de colonne que proposent les routes canadiennes devrait suffire, mais on n’est jamais trop prudent.

Nous reprenons donc la voiture en quête du « Second Cup » qui pourra nous apporter salut et vigilance de l’âme. La franchise de torréfaction repérée, nous entreprenons de nous garer à proximité. Pas de place disponible, mais nous trouvons un petit coin où nous ne gênons personne. De toute façon, c’est l’histoire de trois minutes. On commande, on paye et on reprend la roue avant que la chantilly bon marché du mokaccino ait le temps de retomber. Seulement voilà, les pervenches locales sont une sorte d’hybridation entre les Yamakazi et un fameux Cow-boy solitaire poor et lonesome ! Elles dégainent la contravention plus vite que leur ombre et disparaissent sans laisser de traces. Résultat des courses, deux tickets gagnants à 45 dollars chacun.

C’était quand même une bonne journée.

Venons en maintenant à notre dernier épisode de « Escape from your flatmates ». J’ai donc annoncé ce soir à mes deux spécialistes des gaz en tous genres que je les quittais à la fin du mois d’avril pour aller faire voir mon carnet de chèques ailleurs. Je ne m’attendais pas à une effusion de larmes, à des supplications. Il n’y en eût d’ailleurs pas. Je m’attendais en revanche à des manifestations de haine pure, à des « Chriss’ de Français » en veux-tu, en voilà. Il n’en fût pas plus question. La seule question récurrente fût « et qui payera après le 1er mai ? ». Fallait pas me sous-louer !
Par Moul Boul - Publié dans : moulboulexperience
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Mardi 27 mars 2007

Où l’on apprend que Moul Boul s’est décidé à reprendre la plume, que les éructations, si possible sonores et nombreuses, sont un rite de colocation dont le mystère est bien difficile à percer et que Radio Canada a plus d’un attrait dans sa poche.

 

C’est donc après une semaine de révisions intenses et un week-end de break pour laisser retomber la pression que je reviens vers vous, chers lecteurs orphelins de ma prose. La plume prodigue est de retour (T’as vu comment y se la pète celui là ? Il est vraiment gonflé d’écrire ça. Moi je vais juste consulter son blog parce que je reçois une somme d’argent chaque mois.)

J’ai arrêté ma décision dans la nuit de samedi à dimanche dernier, alors que mes yeux scrutaient avec intérêt l’opulente poitrine d’une petite blonde, et que mon esprit sous l’emprise de la vodka et du red-bull élaborait une théorie complexe sur le rapport entre ladite poitrine et l’air arrogant de sa propriétaire. Peut-être se sentait-elle simplement en confiance à l’abri derrière ses appendices mammaires, pourtant attaqués de toutes parts par des mains avides. Bref, tout ça pour dire qu’à mon sens, la trêve n’avait que trop duré. L’appel du clavier se faisait de plus en plus pressant.

Comme vous n’avez pas manqué de l’apprendre, je me suis donc présenté la boule au ventre au pied de la tour de Radio Canada, vendredi dernier aux alentours de 9h du mat’, afin que mes connaissances soient disséquées avec minutie. Oh, je n’y suis pas allé le canon sur la tempe, bien sûr, mais le bâtiment imposant et l’importance de l’événement à l’échelle de ma petite vie, avaient en soi un pouvoir paralysant. Je tiens à rassurer tout le monde, je n’ai pas gratifié le trottoir jouxtant l’édifice, d’un hommage vomi et nauséabond. J’ai grandi depuis le bac et des épreuves, exams et autres contrôles, j’en ai passé. A ceci près que d’habitude, je disposais de plus d’une semaine pour intégrer l’ensemble d’une culture.

Le message sur mon répondeur m’indique que je dois me présenter au 22ième étage. Après avoir décliné mon identité à l’accueil et passé avec succès le test du « regarde moi que je te sorte mon regard le plus soupçonneux, si tu trembles et que tu sues, c’est que t’es pas net », les portes de Radio Canada s’ouvrent enfin à moi (j’aurais peut-être du profiter plus de l’instant, je ne sais pas s’il se reproduira de sitôt). J’emboîte le pas à un présentateur télé à qui il suffit de lancer du « Chantal ma biche, tu es resplendissante » pour arriver au même résultat. La rançon de la gloire en quelque sorte. C’est noté, pour devenir une star du petit écran, il faut mentir. La Chantal en question n’a rien de resplendissant et est plus proche de la bûche que de la biche.

Je poursuis ma course et me retrouve au centre du hall immense d’où partent six ascenseurs, dont aucun ne dessert les mêmes étages. Il faut savoir que se rendre à destination du premier coup à Radio Canada, c’est comme jouer à la grille difficile du Sudoku du vendredi dans 20 Minutes. Après déduction, division, multiplication, j’enlève trois et je retiens quatre, je finis par trouver celui qui me conduira à destination. Une douce musique d’ascenseur se fait entendre. Le voyage est agréable, mais de courte durée. Me voici déjà face au bureau de mon interlocutrice, très accueillante et souriante. Le bourreau peut parfois se parer de charmant atours.  Elle me conduit dans la pièce où durant trois heures je devrai répondre aux multiples questions sur l’actualité québécoise, internationale, l’économie, l’immigration puis corriger des kilomètres de phrases sans queue ni tête. Et là, le spectacle est assez incroyable ! Le bureau où je vais être enfermé est doté d’une baie vitrée immense et domine le pont Jacques Cartier et le Saint-Laurent, dans le lit duquel subsistent encore quelques blocs de glace. Le soleil est encore rasant à cette heure de la matinée et lèche la structure métallique de l’imposant ouvrage. Une pensée me frappe de plein fouet : il faut que je travaille ici. Je détache, à regret, mon regard de ce spectacle pour me plonger dans les pages du questionnaire Si je veux bosser ici, je dois en passer par là. Alors je m’y mets…

Le miracle n’a pas eu lieu. Sans être catastrophique, mon questionnaire recèle de grosses lacunes sur tous les sujets qui touchent au Québec. Il faut dire que les questions sont plutôt vicelardes pour un jeune immigrant comme moi. « Où se trouve le Centre canadien d’Architecture ? 

-         Mais qu’est-ce que j’en sais ? Pis (le Québécois dit toujours pis) en quoi ça va régler la question de l’engagement des forces canadiennes en Afghanistan, je vous le demande.

-         Quel est le nom du Vice-président de Radio Canada, chargé des antennes francophones ?

-         Putain, ça me rappelle de vieux souvenirs du Nouvel Obs (à toi aussi Cyril ? Le patron de l’Obs, ça serait pas Jean-François Kahn par hasard ?)

-         Quel est le nom de la chaîne musicale de Radio Canada ?

-         Putain, je suis sûr qu’il y a « musique » dedans »

Je sors de l’épreuve la bouche pâteuse et l’esprit embué, réoccupé par cette question sur la station de radio. J’aurai du m’attendre à ce genre de conneries. Je rentre dans l’ascenseur. Des hauts parleurs continue de s’épancher une musique douce et enveloppante. Je lève machinalement les yeux à la recherche de la source sonore. Mes yeux tombent nez à nez avec une plaque chromée proclamant « Vous écoutez Espace musique, la chaîne musicale de Radio Canada ». L’ironie de la situation m’a bien fait rire. Si le bonheur est dans le pré, la réponse est dans l’ascenseur.

Je devrais recevoir la réponse dans quelques jours. Mais déjà, je dois me concentrer sur un nouveau défi. Ma candidature a été retenue par La Presse et je passe un test en avril. Je dois également rendre un reportage sur une conséquence concrète du réchauffement climatique au Québec. Si une idée lumineuse vous traverse l’encéphale, je suis preneur.

Il s’en est passé des choses en un peu plus d’une semaine et je ne peux les conter toutes en quelques lignes. Néanmoins, un événement que je prenais au début pour une attitude vulgaire mais involontaire semble s’être mué en règle de vie au sein de la fabuleuse coloc dans laquelle je vis. Comme l’explicite assez bien le chapô, le rot semble donc être devenu un message de bienvenue après une dure journée de labeur. Mes charmantes co-payeuses de loyer (puisque au final c’est ce que nous sommes) ont la bien peu charmante habitude d’exprimer leurs émotions avec le ventre. Non sans un certain succès dans l’exécution. Depuis maintenant deux mois, je tente de percer le mystère de ces borborygmes d’un goût douteux. Tel Champollion penché sur la Pierre de Rosette, j’essaye de mettre sur pied une typologie complète qui me permette de déchiffrer ce langage bruyant et odorant. Mes heures acharnées de travail ne m’ont permis pour l’instant d’aboutir qu’à une seule conclusion. Elle a au moins l’avantage d’être certaine et de ne souffrir aucune contradiction théorique. Mes colocs sont d’une vulgarité consternante. Elles manquent également de finesse, puisque après avoir extériorisé les protestations de leur système digestif, fruit d’une nourriture visiblement trop riche, elles rendent astres et karma responsables de leur célibat. Qu’elles sont naïves…

Il est maintenant temps de conclure cette note, j’entend déjà d’ici les cris de protestation de Caro.

Deux petites choses encore.

1)      Qui es-tu Fabienne ? Une nouvelle lectrice assidue conquise par le style implacable de ma plume ?

        2) Si vous passez par Marseille, faites escale au bar des 5 avenues, je connais bien le nouveau barman. Dites lui que vous venez de ma part et il vous paiera la tournée du patron. L’offre n’est en revanche valable que pour les sympathisants de Ségolène Royal, le garçon étant plutôt chatouilleux sur le sujet. Ou alors, affichez votre Sarkozysme, votre Bayrouisme ou votre jemenfoutisme après avoir obtenu votre verre.
Par Moul Boul - Publié dans : moulboulexperience
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Samedi 17 mars 2007
Où l'on apprend rapidement que Moul Boul va laisser sa plume en suspens pendant encore quelques jours, que cette décision est directement liée à un projet professionnel solide, et qu'il vous revient très bientôt.

Cher lecteur,

Je t'écris cette brève missive pour te tenir au courant de l'évolution des choses ici. Les gens ici sont très gentils et accueillants, même les potentiels employeurs qui ne balayent pas d'un regard dédaigneux ton CV, mais s'intéressent réellement à ton parcours. Hormis un ou deux "Chriss' de Français retourne dans ton pays" (auquel il convient de répondre "Dis donc mon p'tit bonhomme, me semble pas que Jacques Cartier était un autochtone"), je m'intègre plutôt bien.
J'ai pris des contacts dans le domaine du journalisme et je passe un test de sélection pour entrer à Radio Canada, vendredi prochain. Ainsi, je passerai les prochains jours à potasser l'histoire du Québec et à revoir les évènements passés de l'actualité locale.
Je te fais donc plein de gros poutous et je te reviens très vite avec plein d'autres anecdotes (j'en ai quelques unes en réserve).
En attendant, tu pourras te régaler les yeux avec ma nouvelle Galerie photos de Québec.

Enjoy!

Moul Boul
Par Moul Boul - Publié dans : moulboulexperience
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Mardi 13 mars 2007

Où l’on apprend que la glace n’est pas exclusive au pastis, que les autoroutes Québécoises ressemblent à s’y méprendre à celles du Pas-de-Calais et que nos compatriotes des DOM ont une interprétation personnelle de l’hospitalité.

 

Tout avait commencé au détour d’une altère (oui Aurelle, je continue à aller au gymnase). Benoîtement, je propose à Vinh et Fabrice « Eh les gars, ça vous dit pas qu’on se sorte les doigts du cul et qu’on aille voir un peu du pays, à force de rester à Montréal, je commence à avoir des escarres sous l’cul.

-         Ben, c’est à dire, ce week-end j’avais prévu de dévaliser le Foot Lockers du boulevard Maisonneuve

-         Mais putain, la semaine dernière c’était Sport experts.

-         Ouais, mais tu comprends, j’ai besoin d’une nouvelle casquette qui s’accorde avec mes pumas blanches (euh, Vinh et Fab, c’est juste pour déconner)

-         Bon, ok, mais moi c’est sûr, je me casse, direction Québec ! »

Voilà donc comment tout a commencé. S’en est suivi un appel à l’agence de location de voitures. J’ai opté pour cette solution très onéreuse, mais qui présente l’avantage non négligeable de m’offrir une liberté de mouvement totale. Ainsi, j’ai la latitude la plus large pour sortir des sentiers battus et prendre un max de photos de la nature québécoise qui, comme le précisent à longueur de pages et d’années les magazines de voyages, ne manquera pas d’être foisonnante et chatoyante.

Samedi matin, 8h, je prends possession d’une Hyundai Elantra flambant neuve et en route Marcel !

Je ne fais que peu de cas des mises en garde de mes collègues de travail qui m’assurent que les 250 kilomètres qui séparent Montréal et la capitale de la Belle-Province est « platte ». Qu’ils sont blasés ces québécois, ils ne voient plus la beauté de leur région. Un peu comme s’ils s’extasiaient devant un champ de lavande en Provence alors que c’est d’un commun. Sûr de mon coup, j’entreprend d’engager les quatre roues de ma puissante berline (mais puisque je vous dit que c’était bien une Hyundai et qu’elle était agréable à conduire) sur l’autoroute 20. L’itinéraire est un peu plus long qu’en passant par la 40, mais d’après mes repérages, il longe le Saint-Laurent (aucune référence au frangin) et je vais m’en mettre plein les mirettes. Après avoir calé le « Cruise control » (le pilote automatique quoi) sur 110km/h (la vitesse maxi autorisée sur autoroute est de 100, et c’est amplement suffisant) je n’ai plus qu’à avoir les yeux aux aguets et laisser la nature me dévoiler ses charmes. Au bout de 100 bornes, je suis sur le point de m’endormir. Seule les (nombreuses) aspérités de la route me maintiennent éveillé, prodiguant un vigoureux massage à ma colonne. Les amortisseurs se battent vaillamment mais son largement dépassés par les trous et les bosses qui font office de bitume. Quand je vous disais qu’on se serait cru du côté de Marcq-en-Baroeul… Voilà une heure que je roule et le paysage alterne entre des bouleaux maigrichons et de grandes plaines plates et désertiques, parfois ponctuées d’immenses panneaux publicitaires à la gloire d’un bar à pute de Trois-Rivières. Les panneaux jaunes sur le bord de la 2x2 voies préviennent du risque de tomber nez à nez avec un Caribou (il faut savoir que les autoroutes ne comportent pas ici de barrières de protection), mais la seule présence animale notable réside dans la paire de poulets croisés sur le bord de la route, dans leur Ford au moteur gonflé. Et le Saint-Laurent n’est visible en aucun endroit.

Bref, je commence à croire que les qualités et les paysages québécois gravés dans notre imaginaire ne sont que le fruit d’un complot de l’Office de tourisme local destiné à pousser les européens à cracher leur pognon dans d’onéreux voyages.

La suite de la route est du même acabit à ceci près que passé Trois-Rivières, les panneaux publicitaires vantent les boîtes de strip-tease de Québec.

Sur les coups de midi, j’arrive enfin dans la capitale. Je commence par tracer à l’auberge de jeunesse confirmer ma réservation. Placée en plein cœur du Vieux-Québec, l’Auberge de la Paix est une charmante bâtisse tenue d’une main de fer par une gérante quinqua souverainiste et francophile. Elle m’indique mon numéro de chambre et me charge les bras d’un set de lit. Je m’empresse de monter à l’étage préparer ma couche.

10 minutes plus tard, je suis dehors et je commence mes déambulations dans la vieille ville. Vu que j’ai mis la moitié de ma paye dans l’horodateur, il me reste encore une bonne heure de temps pour aller voir le Château de Frontenac, qui confère à la ville son identité et qui surplombe majestueusement le Saint-Laurent (enfin !), avant d’aller voir l’expo Botero au Musée des Beaux-arts (qui se tient les côtes ?).

Et là je dois dire que le spectacle est à couper le souffle. Imaginez l’imposante bâtisse de briques rouges, au toit de bronze posée sur une falaise d’un cinquantaine de mètres au dessus du fleuve. Ledit cours d’eau est encore à cette époque pris dans les glaces et commence à avoir une certaine envergure à cet endroit de la carte. Le courant charrie d’énormes icebergs en un débit continu à peine troublé par le balai des navettes fluviales qui assurent la liaison entre les deux rives, et le sillon des porte-conteneurs qui entrent et sortent du port de la ville, ou poussent jusqu’à Montréal.

Cette ville a vraiment de la gueule !

Puis, je me dirige vers le musée pour découvrir la production compulsive de Botero (C’est fou ce qu’on peut faire en une seule vie, voire dans son cas en une seule année), non sans me tromper 5 fois de route et me retrouver presque à la sortie de Québec (Ness et Laure, pas de commentaires). Je vous passe les détails de la visite et mes commentaires sur le génie de l’artiste concentré dans la fausse naïveté de ses tableaux à l’embonpoint généreux (LGF, ça devrait te plaire).

Après ce petit arrêt culture bien appréciable, je sors de la ville (volontairement cette fois, et dans la bonne direction qui plus est) avec l’espoir de découvrir l’île d’Orléans dont la pointe fait face au Château de Frontenac. Après m’être engagé sur le pont qui la relie au continent, je me rend compte que l’ouvrage est de belle facture et j’envisage donc de l’immortaliser. Quoi de mieux alors que de m’aventurer sur le fleuve figé ? La glace à l’air épaisse et ce ne sont pas mes 90, 80, ok 72 kilos qui vont la faire céder. J’arrête donc mon char juste après le pont à droite monte l’objectif sur le boîtier et me lance sans crainte sur l’étendue plane et gelée d’où jaillit quelques pitons de glace peu avenants. On a connu mieux comme terre d’accueil. Arrivé à une trentaine de mètres de la rive, je remarque que je suis entouré de fissures de fort belle facture. La glace est littéralement striée. Bon, passe encore. Je commence par contre à m’inquiéter lorsque 5 mètres plus loin je commence à entendre nettement des craquements inamicaux. Comme il y a des limites à la connerie, j’ai vite fait demi-tour pour rentrer tout penaud dans ma voiture et entreprendre le tour de l’Île. De toute façon, le pont était très surfait !

Arrive la fin de ma journée. Je trouve ça un peu triste d’être seul dans cette ville. Après une série de clichés de nuit des remparts du Vieux Québec, je suis tout de même allé me jeter une pinte de Guinness en hommage à mes amis dans un pub trouvé sur le chemin.

Vers 23h30, je décide qu’il est temps d’aller partager un moment d’intimité avec mon oreiller. Je pénètre sans bruit dans la chambre 316, bien décidé à indisposer par mes ronflements peu discrets mes compagnons de chambrée arrivés entre temps et au nombre de quatre. A tâtons, je constate que des affaires sont posées sur mon matelas. Tabarnac ! J’avais oublié les joies de l’auberge de jeunesse.

Constatant l’absence de corps dans ma couche, j’entreprend d’évacuer les indésirables bagages. A peine ai-je commencé mon œuvre, qu’une voix menaçante, quoiqu’en pleine mue s’élève dans les ténèbres.

« Mais t’es qui toi ?

-         Clément Moulet, journaliste américain d’investigation et locataire temporaire de cette couche.

-         T’as du te tromper de chambre.

-         On est bien dans la 316 non ?

-         Ouais, mais c’est la nôtre, on a demandé à la réception de dormir tous les quatre dans la même chambre.

-         Ben vous êtes tous les quatre dans la même chambre non ? Seulement il reste un lit et je l’ai payé, donc je compte y dormir.

-         Ah, mais on nous avais pas prévenu (la voix commence à devenir chevrotante, je m’attend à ce que l’ado mal dégrossi dégaine son portable pour appeler sa mère)

-         Vous avez pas remarqué que le lit était fait ? La prochaine fois, si vous voulez une chambre exclusive, payez tous les lits ! Sur ceux bonne nuit !

-         On verra demain à la réception. »

Après toutes ces émotions (et la bière un peu quand même), je m’endors comme une souche, non sans avoir laissé la deuxième partie de ma paye dans l’horodateur pour éviter que la caisse ne soit embarquée nuitamment par la fourrière.

Le lendemain matin, je suis réveillé par le balai de mes colocs d’un soir qui remontent de déjeuner. Ils s’excusent pour leur accueil glacial de la veille et je constate à la lueur du jour qu’ils sont créoles. Je vois bien que quelque chose les froisse. Ils m’expliquent qu’ils sont allés se plaindre de ma présence à la proprio des lieux et que celle-ci leur a inculqué les principes de l’auberge de jeunesse au bazooka. Le style expéditif de la mère Jocelyne leur est visiblement resté en travers de la gorge et ils continuent un temps à maugréer. Je comprends qu’ils soupçonnent la Jojo de racisme et que leur couleur de peau a du être le principale motivation de l’explication musclée qu’elle  leur a donnée sur les règles de l’habitat communautaire. Les facteurs égoïsme et connerie ne sont pas pris en compte dans leur réflexion. Un parti-pris théorique bien frêle.

Je descends récupérer mes biens précieux confiés la veille à Jojo, qui ne peut s’empêcher de revenir sur l’incident du matin. Elle me tient la jambe encore un bon quart d’heure à base de « les jeunes il leur faut tout maintenant » et de « si y sont pas content, z’on qu’a prendre un hôtel ». Elle a pas tort, mais je m’en fous, je veux juste continuer à visiter la ville.

Manque de bol, il fait un temps à pas foutre un jurassien dehors. Une grosse brume s’est levée et le front nuageux est bas, crachouillant une bruine pénétrante sur le visiteur démuni. Je tente bien de prendre quelques clichés et de patienter en attendant l’éclaircie. Le monsieur de la météo l’a assuré, il devrait y avoir des percées franches du soleil.

Vers midi, tanné d’attendre, j’entreprend de rentrer au bercail. A 100 bornes de Québec, le voile nuageux se déchire pour laisser place à un soleil aveuglant. Et à des températures positives. Je suis vert, mais j’en profite pour faire une halte restauration et bouffer mon sandwiche bœuf gratiné de chez Subway en terrasse.

Bilan du week-end : plutôt positif, mais la prochaine fois je ne pars pas seul.

Ah, une dernière chose, Madeleine ne réponds plus à mes appels. Je ne sais pas comment je dois le prendre.

Par Moul Boul - Publié dans : moulboulexperience
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