Mercredi 7 mars 2007

Où l’on apprend que 13 ans de vie commune et deux grossesses (réussies) ne sont pas forcément rédhibitoires au moment de se (re)dire « je t’aime » et que la course sur glace au Québec est un sport d’équipe.

 

Je ne vais pas vous ménager. Je ne l’ai pas été, y’a pas de raisons que je prenne des pincettes avec vous. La nouvelle, à défaut de s’afficher sur le fil AFP, AP, Reuters ou PC (Presse canadienne) a atterri dans ma boîte mail comme un parpaing dans un pare-brise. Ma sœur se marie ! L’événement a très vite été confirmé sous la forme d’un pli postal, à l’ancienne, posé sur le pas de ma porte par un facteur bien peu pressé.

Rapide Flash-back. Nous voilà au début du mois de février. Sandrine, puisqu’il faut bien la nommer, m’envoie un rapide mail au style lapidaire. Sur un ton que ne renierai pas le formulaire B-52 de demande de permis de conduire, la belle me demande de lui faire parvenir dans les plus brefs délais mon adresse à Montréal, dans le but de me faire parvenir des documents importants. Sans plus de précision. Je dois avouer que mon humeur d’alors oscillait entre l’indifférence (« peuh, encore des relevés de compte déficitaires du Crédit Lyonnais »), l’inquiétude (« Putain, les impôts ont encore confondu ma paye minable de cadre-journaliste-stakhanoviste, avec celle de celui qui partage mon ADN mais pas mon carnet de chèques ») et l’envie (« Ca y est, ils me font héritier unique et exclusif en cas de décès prématuré. Qui qui c’est qui va pouvoir faire du raft à l’œil ? Ah merde, je fais déjà du raft à l’œil »). J’avais imaginé pas mal de scénarios possibles, mais pas celui-là. Puis, en raison d’un affranchissement douteux, témoignage de l’éducation protestante orthodoxe qu’a reçu ma frangine sur le plan financier lors de son passage à la pension de « Sainte Marie-Madeleine mariée deux enfants », le précieux pli a mis plus d’un mois à me parvenir. Autant vous dire tout de suite que j’avais oublié jusqu’à son existence… Jusqu’à ce qu’il se décide à se rappeler à mon bon souvenir.

Je ne vous cacherai pas que ces quelques lignes sarcastiques masquent en réalité une profonde émotion. Putain, ils s’aiment encore, comme des ados puceaux ! Et ils vont même officialiser tout ça, à l’heure où certains passent leur couple au contrôle technique. Et pourtant, le bilan comptable commence à être pas mal. Il en a des kilomètres dans les pattes le duo. Deux gosses, 13 ans de vie commune (ou peut-être même plus), des dizaines de voyages partout dans le monde et une vision de la vie parfaitement harmonieuse. Ils m’ont fait pleurer ces cons ! (enfin, façon de parler. Comme on dit ici, « nous autres on a des couilles ! »)

Alors oui, je serai en France le vendredi 18 mai, plus précisément à Buissard, pour voir le grand blond avec la natte, notre Mel Gibson familial, les paparazzis en moins, l’athéisme en plus, et la petite brindille au caractère bien trempé, raconter au maire que oui, ils veulent bien s’harnacher avec les liens du mariage et agrandir leur collection de bagues. Et ce même si je les soupçonne de mettre fin à leur vie de pêché dans le seul but de gratter les impôts, d’organiser une bringue mémorable et de financer leur prochain projet de voyage (et/ou de vie).

Vous l’aurez donc compris, je suis très ému que mon beauf préféré et la pitou à son papa (et à ses frères un peu quand même) se décident passer devant M. le Maire (et non  pas M. le Maudit).

Mais je dois dire qu’y’a quand même queq’chose qui m’turlupine, voire qui me sucebite. Ca fait combien de temps qu’ils y pensent ? Combien de temps qu’ils ont planifié leur coup ? Parce qu’au bout de tant de temps de vie commune, on est plus à un an près. Vous auriez pu faire ça l’année prochaine, histoire que je puisse descendre un week-end. Ou du moins que je sois à moins de 7000 kilomètres de la salle des fêtes de Buissard pour pouvoir me soûler au Génépi lors de l’apéro post-nuptial. Enfin, je serai là quand même.

Décidément, si 2006 était l’année de la glisse, 2007 est l’année des alliances. Je tiens à rassurer ici le couple Omnès-Plisson. Cette cérémonie de dernière minute ne remet pas en cause ma présence devant l’autel le 15 septembre prochain. Comme dirait Jean-Marie Messier (est-ce un bon exemple ?), « le billet est provisionné comme mes chaussettes sont trouées ».

Bon, trêve de mélo, de violons et de trémolos dans la voix. Comme je vous le précisais plus tôt, nous autres on a des couilles. Il est donc temps de revenir à quelque chose de plus local.

Peut-être (et même sûrement) cela vous a-t-il échappé, mais le Québec a essuyé aujourd’hui le record de température négative de l’hiver. Le thermomètre a maintenu, avec une rigueur toute métronomique, son mercure à –38°C. Un temps à pas mettre un Québécois dehors, même avec une tuque. La tempête de neige de samedi dernier a laissé d’immenses bancs de neige sur le bord des artères roulantes et passantes de la ville. Le vent s’est chargé de les transformer en congères et d’en répandre le contenu en une fine couche sur le bitume. Malgré le sel, la glace a ainsi fait son apparition sous les pneus des conducteurs matinaux. Ajoutez à ce facteur risque la bêtise crasse de Jean-Michel, conducteur du bus 27 de la STM, qui n’a de cesse, jour après jour de vouloir illustrer le dicton cité en début de paragraphe et vous obtenez une équation au résultat plus qu’aléatoire.

Comme chaque matin, Jean-Mi entreprend donc de secouer nos esprits tout embués en pratiquant sa philosophie de conduite, soit écraser l’accélérateur et advienne que pourra. Tout le monde tire la gueule, mais il s’en fout Jean-Mi. Pourtant ce matin, les embardées peu véloces de son engin à chaque sollicitation du pied auraient du le prévenir Jean-Mi. Mais on ne change pas les coutumes comme ça. On sent que faire ronfler le moteur et patiner les pneus, c’est inscrit dans ses gènes à Jean-Mi. Puis de toute façon, c’est lui le plus gros sur la route. Personne n’osera se mettre en travers de son chemin, c’est sûr !

Au fait, vous connaissez l’histoire de Paf le bus ?

A environ trois arrêts de la station de métro, Jean-Mi a semblé atteint de troubles du comportement. Les sens confus, son pied droit si prompt à brusquer l’accélérateur, s’est abattu avec force sur le frein, tandis que sa main gauche faisait hurler le klaxon. Emporté par son inertie, le bus a continué sur sa lancée pour aller s’encastrer dans une voiture qui tournait. Pas de grosse casse, l’engin ne laissait paraître aucun stigmate suite à l’accrochage. La voiture en revanche avait la porte avant droite en piteux état.

Les passagers ont commencé à échanger des regards complices. Quel con ce Jean-Mi, fallait bien que ça lui arrive. Oui mais, était-ce forcé que l’accident que méritait ce triste chauffeur, intervienne le jour où Montréal explose ses records saisonniers de température négative ? Parce que qui dit accident dit constat et par conséquent, immobilisation des véhicules impliqués. Les mines silencieusement réjouies ont eu tôt fait de se changer en moue dégoûtée. Nous venions de comprendre que nous devrions terminer notre chemin à pied. Belle vengeance Jean-Mi…

Mais je m’en fous, ma sœur se marie ! Et avec mon beauf en plus !
Par Moul Boul - Publié dans : moulboulexperience
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Vendredi 2 mars 2007

Où l’on apprend que la québécoise est composée de 80% d’eau et à 20% de paradoxes, que l’ostéopathie a des vertus insoupçonnées et qu’un noyau dur d’exception culturelle squatte le 26ème étage de la tour de la place Ville-Marie.

 

Au bout d’un mois et demi passé loin de mon pays, je dois bien avouer que certains de ces aspects me manquent. Les cigales qui confondent le printemps avec l’hiver (je suis tanné d’entendre les « t’as ben d’la chance, c’t’année on a eu un hiver d’français » à chaque fois que le thermomètre à l’impudence de s’aventurer au dessus des –10°C), les engueulades avec le grand frère sur la politique et le journalisme et surtout, surtout, les apéros à la sortie du taf sur le zinc accueillant d’une taverne qui fleure bon la Guinness et la Kilkeny. Le désormais célèbre et demandé Fab Puntos, ainsi que le moins demandé mais non moins sympathique Vinh on plus d’affinités avec la vodka red-bull de 3heures du mat’. Il faut que je me trouve des partenaires d’apéro.

Bref, je perds un peu le fil. Revenons en au sujet qui nous intéresse. La France me manque un peu ces temps derniers disais-je, et c’est donc un brin de nostalgie accroché au bout du cœur que je suis retourné au pays ce matin. Je vous arrête tout de suite, je n’ai pas atterri à Roissy et non, je ne tiens pas ce blog de manière clandestine coincé entre deux mosquées secrètes dans le sous-sol dudit aéroport. Arrêtez de lire De Villiers !

Je me suis plus simplement présenté au Consulat général de France de Montréal, dans l’espoir fou de procéder au renouvellement de mon passeport et ce, ambition déçue, rapidement. J’avais bien préparé mon coup. Mon absence était négociée au bureau, j’ai repéré mon itinéraire la veille au soir (isn’t it amazing ?), j’ai même pris le bus précédent pour être sûr d’arriver à l’ouverture. Il faut savoir que notre bout de pays en terre québécoise, se situe au 26ème étage d’une tour sans charme (un peu à l’image du ministère de l’Amour dans « 1984 », vous voyez ?) et se distingue clairement. Coincée entre les bureaux d’Ernst&Young d’un côté et Deloitte Touche de l’autre, l’entrée se situe au bout de la queue. Parfois, un consultant dynamique, costard Paul Smith, pompes Berluti, Blackberry dans la main droite, Power book G5 dans la gauche (qui a dit Bolino ?) propose d’un ton anglophone (Ok, personne) dédaigneux de revoir les process d’admission de la foule afin d’améliorer l’efficacité performative administrative et dégager un cash flow de 15% pour satisfaire aux exigences des actionnaires.

Lorsque personne ne lui répond, les ressortissants se montrant fidèle à leur bilinguisme français/beauf, il se rend compte qu’il s’est planté de porte. Vous aurez donc compris, le Consulat français c’est comme les urgences québécoises, les infections nosocomiales en moins, les posters sans âge du Pas-de-Calais et du Limousin en plus.

Bien qu’arrivé à l’heure d’ouverture, je me retrouve affublé du numéro 50 après avoir sacrifié à la traditionnelle cérémonie du « posetessoustesclésettoutobjetmétalliquesurlatablette », qui nécessite entre autre rite de passage, la traversée du portique à détecteurs de métaux et le toucher rectal réglementaire pour prévenir de tout acte de malveillance.

Dire que j’avais dit à mon boss que j’en avais juste pour une petite heure ! On oublie vite les subtilités de l’administration française.

Je passerai sous silence l’heure suivante essentiellement composée de périodes de somnolence, de soupirs douloureux et de coups d’œil furtifs à la pendule de l’entrée. Je suis enfin appelé à passer dans le bureau de Sylvain, joyeux drille auvergnat avec qui, je le sens, je vais me fendre la poire. J’ai tous les papiers. L’acte de naissance attestant de ma venue au monde à Marseille, malgré les propos négationnistes de Laurent Moulet sur ce point, les photos aux normes, des pièces d’identité en veux-tu, en voilà et même une attestation sur l’honneur de mes colocataires que j’habite bien à l’adresse indiquée, obtenu après un douloureux exercice de séduction. « Salut, tu veux pas me raconter ta journée ? Ca va bien dans ta vie ? La famille, les gosses, tout ça ? Au fait, tu veux pas signer sur ce papier, je suis grapho-médium, je peux lire l’avenir dans l’encre de ton stylo ».

Bref, je suis béton (et pas seulement en référence à mes abdos). Sylvain jette un vague regard approbateur sur toute cette paperasse. Il est dans son élément le Sylvain. On sent la machine, biberonnée aux formulaires B-42. Et là, contre toute attente, Sylvain me sort un truc qui m’énerve au plus haut point.

« Vous voulez faire refaire votre passeport ?

-         Non connard, je suis venu te proposer de faire une partie de Twister

-         Pourquoi ?

-         A ton avis bouffon, que fait le Français de base quand il se trouve à moins de 100 bornes de la frontière qui le sépare de l’Oncle Tom et à 6 heures de New York ?

-         C’est pour aller aux Etats-Unis ?

-         Implacable esprit de déduction !

-         Ben c’est pas la peine de demander le passeport électronique, tu peux t’y rendre avec celui là sans avoir besoin de visa. »

Oh là, minute Francis, c’est quoi c’t’histoire, on nous rebat les oreilles avec un discours sécuritaire, on nous explique que les USA n’acceptent plus que les passeports à puce et toi tu me dis que je peux aller voir Ground Zero avec mon passeport facilement falsifiable, sans qu’on me prenne pour un taliban ?

La démonstration qui suit est des plus claires. « En fait, les passeports comme le tien sont refusés par le gouvernement américain depuis le 26 octobre 2005. Le tien date du 25 mai 2005. Il est donc parfaitement valable, je te le garantis. » Ok Bob, je sens le mauvais plan à des kilomètres.

Une vision vient me frapper. Je suis en pleine salle d’interrogatoire américaine, face à deux commandants Sylvestre, le gentil et le méchant en train de leur expliquer que mon passeport sans garanties de sécurité, parfaitement similaire à ceux qui sont interdits ne présente aucun danger parce qu’il est plus ancien. A moins de tomber sur un collectionneur compulsif de documents administratifs hexagonaux, sensible au savoir faire artisanal du début du millénaire, je ne suis pas persuadé de pouvoir faire un pas dans l’un des 50 états du pays de Ford et McDo sans me faire descendre. Au terme d’une âpre discussion à grand renforts d’arguments massue, j’arrive enfin à obtenir ce que j’étais venu chercher. 1h45 et 91dollars après, j’obtiens finalement ce que je convoitais. La promesse de recevoir dans deux à quatre semaines mon précieux sésame. « Ca te laisse le temps de passer aux Etats-Unis avec ton ancien passeport » me lance sans rire Sylvain au moment où je passe la porte en maudissant l’administration qui m’a vu naître.

Pour évacuer tout ce stress, je me rend à la sortie du boulot dans les locaux de ma charmante ostéopathe pour régler un petit problème de vertèbre cervicale récalcitrante. Marie-Pierre, n’a pas, contrairement à ce qu’indique son prénom, 80 ans. Il s’agit d’une superbe petite brune, qui porte son début de trentaine à merveille. Une ligne racée sur laquelle ne paraissent pas les stigmates de sa récente grossesse. Rire cristallin et mains expertes, je suis aux anges. Quand la secrétaire m’avait annoncé son nom au téléphone, je m’imaginais manipulé sans ménagement par un clone de Mother Boyle. J’ai toujours pensé que la manipulation des os était un boulot d’hommes tant mes précédents ostéo en France prenaient plaisir à faire craquer ma colonne à grand renfort de prises de catch complexes. La douceur ça marche aussi. Toute la difficulté réside dans la concentration sans faille qu’il faut maintenir afin d’éviter l’érection mal controlée.

L’exercice est d’autant plus délicat que la charmante manipule le bassin en caressant les fesses de son patient, le visage à quelques centimètres à peine du jardin d’Eden. Et ce avant que de pratiquer les fameuses prises de catch, tout en délicatesse, enfouissant mon visage dans son corsage. Et c’est toujours aussi subtilement que la belle vous apprend, alors que vous révisez le kama sutra en mode rapide (comment ça y’a plus que trois positions dans le kama sutra), qu’elle est mariée, amoureuse et mère d’un magnifique bambin répondant au doux nom de Maxence, mais que Clément a été son premier choix de prénom. Très efficace pour rappeler l’existence d’une barrière patient-médecin.

Et puisque que je constate une demande insistante pour introduire un peu de débauche et de sexe dans ce blog, et dans l’espoir d’attirer de juteux contrats pubs et une foule de spyware et autres adware pour vos disques durs, je vais vous parler de la femme québécoise.

Il existe un mythe de votre côté de l’Atlantique qui veut que la femme québécoise est moins prude que la Française et qu’elle aborde sans ménagement tout représentant de la gent masculine en âge de procréer. Je dois préciser ici que le portrait est un peu exagéré et doit probablement être le fruit d’esprits lubriques tourmentés. La meilleure preuve est que je n’ai pas encore été victime d’agression sexuelle féminine (pas plus que masculine, que ce soit clair !!). Si autant d’atours n’ont su faire baisser leurs armes aux demoiselles (sauf à la standardiste de la Commission qui me harcèle), il s’agit bien d’un mythe. La démonstration est imparable. Et si certains avaient encore des doutes, sachez qu'une récente étude sur la question a démontré que seules 7% des québécoises estiment qu’il leur revient de faire le premier pas envers un homme. Dans le même temps, une majorité de ces mêmes québécoises revendiquent l’existence d’une société plus matriarcale que dans notre bonne vieille France. Les hommes seraient plus intimidés par le comportement offensif des femmes. On n’est pas à un paradoxe près.

 

 

PS : - Ah, au fait, la Seine coule au centre de Montréal, le saviez-vous ?

- Ca frémit toujours du côté du taf, mais il est encore trop tôt pour en parler.
Par Moul Boul - Publié dans : moulboulexperience
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Mardi 27 février 2007

Où l’on apprend que le Moul Boul n’est pas passé loin du carton rouge, qu’un boîtier numérique résiste mieux à l’hiver québécois que le corps humain et que Ségo et Sarko feraient mieux de pondre un programme qui tienne la route plutôt que de compter les sous-marins chez Bourdin.

 

Ok, ok, j’aurai mis du temps à la chier celle-là. Mais pour ma défense, et si vous êtes des lecteurs avisés, je vous rappellerai que j’avais mal au cul. Bon, on va pas tergiverser pendant des plombes, ça y est, je me suis remis à écrire, pas la peine de s’énerver !!

La scène se passe au Cepsum de l’Université de Montréal. Rappelez vous, il y a quelques temps (mais non, ça fait pas si longtemps), je vous expliquais que je soumettais mon corps à l’action combinée de diverses machines de tortures afin de corriger les cadeaux parfois cruels de mère nature. Bon, pour l’instant mon apparence physique a plus d’affinité avec celle de Grand corps malade qui aurait rencontré Michel Petrucciani, mais là n’est pas la question.

Au terme de mes 30, 20, ok, 10 tours de pistes et de divers exercices d’assouplissement, je me dirige naturellement vers la salle de musculation, la paradis des bourreaux et des joueurs de football américain sous perfusion de corticoïdes (ces gens là ne sont pas humains, ou alors ils sont plusieurs), le cauchemar de l’étudiant en informatique le visage grêlé de points blancs, QI de 180 mais biceps sous-développés, qui brûle d’un coup ses 180 kilocalories de réserve énergétique, ingurgitées par intraveineuse de kit kat pour péniblement soulever 20 kilos en dédiant son geste héroïque à Princesse Leïa.

Afin d’éviter d’être pris pour le prétentieux que je ne suis pas, et par respect pour mon amour-propre, je dirais que je me situe pile entre les deux. Le maillot des All-Blacks qui ne manque pas de m’accompagner dans ma quête du corps de Daniel Carter, n’est d’ailleurs pas sans impact sur le respect qu’inspire d’emblée ma démarche assurée. « Salut Jack, t’en es qu’à ta troisième série de 100 ? Il est temps que j’arrive. Hey Bob, vieux briscard, ménage moi ces pectoraux tu veux ? Pas plus de 200 kilos de poids aujourd’hui ».

Je tiens à préciser avant d’aller plus loin dans ce récit qu’aucun Moul Boul n’a été maltraité durant la scène que je m’en vais vous conter. Toutefois, si des âmes sensibles se trouvent à proximité de votre écran, je ne peux que vous conseiller de les éloigner. La peur rétrospective que peut engendrer cette note la réserve à un public averti. Debize, au lit !

Bref. Depuis que j’ai découvert que dans mes bras se formait une boule, qui à défaut d’être une tumeur cancéreuse, répondait au doux nom de biceps, je n’ai de cesse de lui prodiguer les soins destinés à la faire grandir. Pour ce faire, j’ai pour habitude de tenir tête à une machine arborant une barre posée sur le sol et que l’on doit tirer à soi pour faire travailler lesdits muscles. Au terme d’un savant entrelacement de câbles, le manche est en effet raccordé à des poids. Je suis donc en pleine séance bi-hebdomadaire de 100, 80, ok, 60 exercices lorsque j’entend un vague « Attention ! ». Je n’y prête guère attention, puisqu’il n’est pas tellement fort, ni tellement alarmant. ET surtout, je ne pense pas une seconde qu’il puisse m’être destiné. Ce n’est que le fracas consécutif de tôles et de poids divers qui s’ensuit qui me fait prendre conscience que quelque chose ne tourne pas rond.

Je me retourne donc, la curiosité piquée au vif. Ce faisant je manque de trébucher sur un bout de métal de taille conséquente presque accolé à ma chaussure. Un bloqueur de l’équipe universitaire de Carabins de Montréal, un bon 150 kilos au garrot vient ni plus ni moins d’arracher les chevilles d’un pont de musculation, lequel n’a pas demandé son reste pour s’écraser au sol. L’angle de la machine est passé à moins de 10 centimètres de ma colonne vertébrale. Rétrospectivement, je dois avouer que j’ai laissé une trace de pneu au fond du calbut. Le grand garçon fautif a pris son courage à deux mains et a préféré aller affûter sa vitesse de pointe dans une autre salle, laissant son œuvre sur place. Alertés par le bruit, les responsables de la salle de musculation sont venus vérifier l’étendue des dégâts. Epris de justice et soucieux de mener une enquête impartiale afin de déterminer les niveaux de responsabilité, ceux-ci n’ont rien trouvé de mieux que de me soupçonner d’être le vilain arracheur de machine. Peut-être eût-il fallu vérifier la solidité de l’ensemble avant de trouver d’autres responsables ? Je dis ça je dis rien.

Pour me remettre de mes émotions, je décide le lendemain de partir faire quelques photos du pont Jacques Cartier, sorte de Tour Eiffel horizontale qui enjambe le Saint-Laurent et participe de l’identité de Montréal. Un petit vent printanier souffle dans les rues, assurant un agréable –18°C, afin que nous ne mourrions pas de chaud. Le soleil est au zénith. Les conditions sont bonnes. Je sors avec précaution mon boîtier photo et mon objectif grand angle pour immortaliser l’œuvre. Je teste des prises de vues, je repère, je déclenche, je joue sur la sensibilité, le contraste, la saturation des couleurs, le noir et blanc, la balance des blancs, bref, je prends mon temps.

Les photos enregistrées sur la carte mémoire, je ne peux que crier victoire. Je vais pouvoir me mettre une race ce soir, j’ai de la photo à publier sur le blog. Je rentre donc chez moi, où l’ambiance s’est un peu détendue. Je jette un coup d’œil discret au miroir de ma chambre (on ok, je me matte sous toutes les coutures) et que constate-je ? La paupière supérieure de mon œil gauche arbore une teinte violacée. Je ne me souviens pourtant pas avoir pris de coups. Le plus étonnant, c’est qu’une petite rondeur affleure, douloureuse. Les plus perspicaces d’entre vous auront peut-être compris qu’il s’agit là d’un magnifique spécimen d’engelure. Moi qui me faisais du souci pour mon appareil photo (à juste titre me direz vous, c’est tout de même du matos de japonais).

Un dernier mot avant de rendre la plume, je commence à en avoir ras le cul (encore une autre expression bien française) du tour que prend la campagne présidentielle, encouragée par les médias. A quoi joue Bourdin bordel ? On s’en fout du nombre de sous-marins nucléaires dont dispose la France pour se défendre contre Ahmadinejad, la Corée du Nord, ou les Corses. Sérieusement, Sarko et Ségo ne sont pas foutus de trouver le compte exact de SNLE et de SNA à disposition d l’armée et alors ? C’est du journalisme ça ? Si c’était Lepers qui avait posé la question, je comprend, mais là… D’autant que j’aime bien Bourdin et son émission.

Par Moul Boul - Publié dans : moulboulexperience
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Mercredi 21 février 2007

Où l’on apprend que la vie québécoise c’pas toujours du foie gras ni même de la mousse de canard, que les Français ont une obsession du cul et qu’en parlant de cul, j’voudrais pas trop m’avancer, mais le mien semble quand même bordé de nouilles.

 

Avant d’entrer plus avant dans notre sujet du jour, à savoir la bonne bouffe et le cul, je me permet un petit interlude musical dans le seul but de remettre les pendules de la tour de l’Horloge de Montréal (érigée en 1922 sous l’autorité de la Commission du Havre de Montréal, à l’époque où la ville était le deuxième port d’Amérique du Nord).

Je tiens en premier lieu à présenter mes plus plates excuses à ma (très) belle-sœur Anne-Laure pour avoir omis de mentionner sa date d’anniversaire et de la lui souhaiter bien bonne pour le 24 février prochain. Je ne ferai en revanche pas référence à son âge, eu égard à l’inconvenance de tels propos. A mon frère Laurent qui a eu l’impudence de le rappeler dans son commentaire du précédent post, je tiens à rappeler ce bien prudent adage « De ta femme tu dévoile l’âge et c’est ton lion qui reste en cage ». Il convient néanmoins de préciser que dans le cas du bipède susmentionné, il est plus vraisemblable de parler de chaton, mais du coup la rime ne fonctionne plus et l’évocation poétique s’écroule sur ses fondements paradigmatiques.

Je veux également envoyer un bisou anti-angine à ma tipapoute de nièce et des bisous tout court à mes autres neveux, par ordre croissant d’âge : Tao, Mahé et Victor.

Au chapitre des remerciements chaleureux, je veux offrir une dédicace spéciale (Bande son : « les pilotis », Massilia sound system) à celles et ceux qui se sont donnés pour mission l’aïolisation du monde libre, j’ai nommé les kekettes, pour leur formidable soutien moral dans ma quête du mot juste.

Au chapitre des reproches exprimés avec vigueur, je condamne sans équivoques l’attitude bien peu show business de mes ex-colocs. Freddy Debize d’abord, qui n’a pas daigné laisser un seul commentaire sur le présent blog, malgré quelques références négatives à son encontre (putain, moi ça m’aurait pas plu). Jean-Laurent Cassely ensuite, qui non-content de nous la jouer Jimmy Hendrix (et je ne fais pas référence ici à son jeu de guitare), renâcle à me conter l’aventure. Je te revois le soir de notre première rencontre J-Lo, t’étais moins pudique de la révélation. Mais aussi, et c’est ce qui me permettra d’opérer habilement la transition narrative, je veux leur dire à quel point ils me manquent. J’en profite d’ailleurs pour leur lancer l’Appel du 21 février, depuis la terre libre, et plus ou moins souveraine, de Québec : Debize, lâche cette conne de Raph’, quitte tes potes de comptoir Sim’s et Gridou qui cherchent qu’à te refiler des photos de kangourou contre rémunération quand t’es bourré. J-Lo, oublie Aurel et toutes celles à qui tu as pu faire des propositions indécentes et venez me rejoindre. On s’achètera du beurre de cacahuète et de la sauce Barbecue. Et même que si vous vous pointez sous une semaine, je vous paie une bonne Poutine (rien à voir avec le grand démocrate cyrillique) à l’aéroport Trudeau.

Si j’ai fait référence dans le chapô de cette note au foie gras, c’est que, vous l’aurez compris, je ne risque pas d’en manger tout de suite. Je vais certainement vous saouler, mais si vous continuez à me lire, c’est probablement que vous aimez ça. Je reviens donc sur l’incident de la facture, celle de 315 dollars (au 17 février) que je vais devoir lâcher à cette mafia légale de Vidéotron pour mauvais service rendu (putain, on dirait le courrier des lecteurs de 60 millions de consommateurs). Il s’agit du dernier épisode en date qui me fait dire que ma colocation bât de l’aile. Depuis maintenant un mois que je traîne mes bottes sur les trottoirs salés de la Belle Province, j’ai appris à connaître les deux compères qui partagent ma vie. Et je dois dire que si je compare l’annonce lue sur le site et la réalité, je pourrais légalement faire appel au Protecteur du consommateur. Ca m’apprendra à placer ma foi dans la réclame publicitaire.

Si le courant passait bien au départ, c’était probablement pour la période d’essai. On apprend de ses erreurs paraît-il. La mienne a été de croire qu’une coloc avec des meufs, ça peut bien se passer. Peut-être, comme le dirait le slammeur estropié, mes couilles ont pris le contrôle de mon cœur et de ma tête pour prendre cette décision. Je voudrais prévenir mes congénères dotés de sacs de bille entre les jambes, que la théorie de Siffredi selon laquelle tout homme hétérosexuel plongé dans un une coloc féminine pourra impunément se taper leurs copines, n’a aucun fondement scientifique sérieux.

Ceci dit, pour vous dresser un rapide topo de la situation, les filles cool qu’on m’avait vendu sur le net ont du rendre à l’agence de location l’adjectif qualificatif susmentionné. Et encore, elles n’ont pas du récupérer l’intégralité de la caution. Contrairement à la formidable expérience de vie commune espérée, j’ai du me résoudre à accepter (du moins pour l’instant) le règne de l’égoïsme et de l’individualisme. L’une, sans être méchante, et même plutôt très gentille, a tendance à se morfondre sur son sort. Au début c’est attendrissant, ensuite c’est pesant. L’autre, après m’avoir adressé un chaleureux « bienvenue chez toi » le premier soir n’a eu de cesse de me faire comprendre que je n’étais pas vraiment chez moi au final et que les règles, c’était elle qui les imposait. Tout a commencé par un « pendant qu’on en parle, est ce que ça s’pourrait tu que j’te dise pas bonjour le matin au réveil, j’aime pas bien ço » pour se terminer par un « la facture d’internet ? C’est ton argent, t’en fais ce que tu veux ». Plutôt agréable comme chez soi, isn’t it ?

C’est bien cette dernière anecdote qui a fait déborder le fiel. Je ne demande pas qu’elles payent pour une erreur que j’ai commise tout seul comme un grand, juste qu’elles reconnaissent qu’elles ont aussi eu le tort de ne pas m’expliquer comment fonctionnent ces enculés de fournisseurs d’accès au Québec. Ces putains de 315 dollars, j’aurai préféré les investir dans une combi intégrale en peau de castor, dans une tournée générale de vodka red-bull ou dans un des clichés de kangourous précédemment évoqués. Tant de haine parce que je gagne trois fois leur salaire (Ouh que c’est gratuit).

Bref, je m’emporte, je m’emporte et je ne vois pas les lignes défiler. Il est temps de passer aux bonnes nouvelles du jour. Car la vie n’est pas que dépenses inconsidérées. Elle est aussi vermicelles dans l’anus. Je vous rappelle que je suis parti au Québec pour un certain nombre de raisons au premier rang desquelles, on retrouve celle de fuir mon grand-frère (qui continue à me harceler par commentaire interposé), ne pas voir Lyon remporter un nouveau championnat, ne pas voir Ségolène faire perdre la gauche et continuer mon taf de journaleux.

Eh bien figurez-vous que parmi mes collègues de travail actuels, on dénombre la conjointe de l’éditorialiste en chef de La Presse et une ex-journaliste de Radio Canada, qui après avoir pris connaissance de mon statut réel (« Ah bon, t’as des diplômes toi ? Il me semblait que t’étais un peu épais »), ont très aimablement accepté de m’aider. Je ne saurai comment les remercier. Je vous demande donc de faire un triomphe à Anne-Marie Laurin et Diep Truong pour les contacts qu’elles devraient me donner. Je ne manquerai pas de vous tenir au courant de l’évolution de la piste journalistique. J’en profite pour passer un messages à mes confrères de plume, de micros et de caméra, il s’agit bien d’une situation exceptionnelle. Pas la peine de lancer un exode massif de cartes de presse.

Ce qui m’amène tout naturellement à mon petit trois. Paraîtrait que les Français parlent trop de cul. Vu la facilité avec laquelle on cause jardin d’Eden à l’heure du lunch dans tous les sous-sols de Montréal (à ne pas confondre avec les caves françaises, ici la ville est souterraine l’hiver), l’accusation a de quoi surprendre. En réalité, mes consœurs de la Commission voulaient faire référence au nombre d’expression courantes dans l’Hexagone contenant la locution cul. Car, il faut le savoir, je les initie quotidiennement aux subtilités et au raffinement de la langue de bœuf, euh, de Voltaire. Ce matin, chapitre 13, la fameuse « j’ai la tête dans le cul » pour signifier qu’en raison d’un manque de sommeil certain, la fatigue se fait sentir et la très audacieuse « j’en ai plein le cul » destinée à marquer son désaccord envers une situation qui perdure. Si j’utilise fréquemment ces deux expressions afin de fleurir et de chatoyer mon discours, je dois dire qu’elles ne sont pas les plus pertinentes. Non. Au vu des développements récents décrits ci-dessus, ma phrase fétiche serait plutôt, ces temps derniers, " ça fait mal au cul !"

Par Moul Boul - Publié dans : moulboulexperience
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Dimanche 18 février 2007

Où l’on apprend que la STM (Société des transports montréalais), c’est comme la RATP, la neige en plus, qu’un sourd et muet peut aussi passer des coups de fil et que le Québec a les autoroutes de l’information entretenues par la DDE 13.

 

Hey, salut monami ! Je m’en vais te conter la suite de mes aventures en terres Montréalaises. Depuis la dernière note, pas mal de petites anecdotes ont rythmé mes journées. Et celle de mes acolytes, Vinh (aka « Mentiroso ») et Fabrice (aka « si tu me traite de Mariquito, je te pète les chiquots »). Avant d’entrer de plain pied dans la narration, je veux passer une spéciale dédicace à mesamis Aurel, Bolino et Ness dont c’est l’anniversaire à quelques jours d’intervalle. Je vous la souhaite bien bonne !

Ce message passé, revenons en à ces tranches de vécu, décrites à travers ces modestes lignes. Première nouvelle, le décor a changé. Depuis quelques jours nous avons les pieds dans la neige. En deux jours, il est tombé l’équivalent de 40 centimètres de poudre fraîche, sans que la ville en souffre. Quand je pense aux Parisiens paralysés dès que deux flocons tombent une fois tous les dix ans, par l’opération du Saint Esprit. Cette évocation a au moins le mérite d’alimenter les conversations avec les gens du cru rencontrés au détour d’une pinte. Immanquablement, on tombe d’accord sur un point : « sont trop cons ces parisiens ». Il faut dire, que la ville consacre 620 millions de dollars par an pour dégager les rues et quand tu vois la gueule des chasse-neiges, tu te dis que même dans les Alpes c’est des petits bras. Il est important de savoir à ce stade de l’histoire que les Québécois naissent avec quatre pneus neige de série et une violente tendance à l’excès de vitesse sur chaussée glissante. Ici, pas de conduite en douceur, de jeu subtil sur l’embrayage pour assurer la motricité de la caisse et de recours au frein moteur. Un seul mot d’ordre : on appuie comme des sauvages ! Ce qui rend la condition de piéton plutôt délicate.

En revanche, certaines classes de Montréalais échappent à cette règle : les chauffeurs de bus de la STM. Il ne faut jamais, au grand jamais, faire confiance aux horaires des transports en commun un jour blanc. Mercredi dernier, 20 centimètres de neige au garrot, comme tous les matins je suis à la bourre, la faute à mes yeux récalcitrants qui refusent de se décoller. Le bus est censé passer dans les 5 minutes qui  suivent. Le timing est serré, mais je tente de le respecter. Juste le temps de sauter dans mon jean, de chausser mes bottes Salomon toute neuves (on ne se refait pas), d’attraper le manteau triple couche et me voilà dehors. En courant, je m’aperçois que j’ai laissé mes gants, mon bonnet et mes thunes dans la chambre. Tant pis, ca ira pour aujourd’hui, je boufferai un bout de moquette au taf, après tout, les acariens c’est bien de la protéine animale non ? Et pour ce qui est du froid, je ne devrais pas rester trop longtemps dehors, puisque, si vous avez bien suivi, j’ai géré mon timing à la perfection. Je suis conforté dans ma certitude lorsque, arrivé à l’arrêt, je vois les visages familiers et fatigués qui m’accompagnent dans mon périple quotidien. J’en profite pour adresser au vent froid pénétrant un rire triomphant. C’est pas encore aujourd’hui qu’on m’amputera d’un membre. Grossière erreur. Le pigeon mort de froid (véridique), croisé sur le chemin aurait du m’avertir. La vanité humaine est bien d’un bien maigre secours face à l’obstination des éléments. Mon bus ne passera pas et le suivant se décidera à pointer sa calandre avec 20 minutes de retard. Avec le vent, il faisait -30 ! J’avais froid partout, sauf aux pieds. Merci qui ? Non, toujours pas Ségo, merci Salomon. 

Résultat des courses, une demi-heure de retard au boulot !

Mais les aventures avec la STM, qui décidément doit avoir des accointances avec le métro parisien, ne s’arrêtent pas là. A croire que la neige leur monte au cerveau à ceux-là. Hier soir, comme le veut la tradition, nous avons pris, Vinh, Fabrice et moi, nos mexicaines sous le bras pour rejoindre un conglomérat hispanisant et portuguisant, à base de Brésiliens (« Il vous a plu Zidane en demi ? »), de Mexicains, d’Espagnols et d’autres nationalités dont le nom m’échappe. Ca baragouinait sec dans un mélange incompréhensible pour l’oreille profane, mais ça respirait le bon esprit à plein nez. Alors certes, nous devions nous retrouver au sommet d’une des tours de Montréal pour avoir une vue d’ensemble de la ville et en fin de compte, après 1h30 de déambulation dans les rues glacées, nous avons trouvé une place dans un bar moins  engageant, mais l’ambiance était bonne. Les véritables difficultés ont commencé au retour. Après avoir retrouvé tant bien que mal le chemin retour vers le métro, nous avons du poireauter trois bons quarts d’heure l’arrivée du dernier métro. La rame était retardée en raison d’une opération policière à Bonaventure. Montréal est la ville du vice et de la grande truanderie, le saviez-vous ? Bref, au lieu d’arriver vers 1h10 à destination, nous pointons nos ganaches à Lionel Groux aux alentours de 2h du mat’, comme la cohorte de couche-tard qui nous accompagne. Un léger détail nous met mal à l’aise. Pourquoi personne ne sort ? Il fait pourtant pas si froid, on a connu pire. La réponse ne tarde pas à tomber, implacable. Toutes les issues sont fermées et la station a été désertée par l’ensemble du personnel de la STM. Ca commence à sérieusement renifler la galère. Notre salut viendra d’une petite blonde au caractère bien trempé qui, fine énervée, a fait son possible pour motiver la police à venir nous délivrer de notre camisole de béton et de néons à grand coups d’insultes (qui ne ressemblent pas à des insultes : Tabarnac’, Calice, Hostie… c’est des injures ça ? Sérieusement…). Après la dernière vodka de l’amitié (tradition résolument internationale), nous tombons dans les bras de Morphée.

A ce stade de l’histoire, vous vous dites : « putain, il nous avait parlé d’un muet qui téléphone, c’est encore un gros mytho de marseillais uniquement destiné à capter et maintenir l’intérêt du lecteur. Quel bâtard ce Moul-Boul !! ». Eh bien non, je ne vous mens pas.

J’ai découvert avec stupéfaction qu’il existe des téléphones pour nos congénères atteints de surdité et de mutisme. Non, il ne s’agit pas d’une cabine dotée de bras qui traduit instantanément la parole en langage des signes. En réalité, le combiné est associé à un clavier qui convertit les lettres tapées en langage morse et les affiche sur l’écran de votre interlocuteur. La machine est hors d’âge et la simple utilisation donne le sentiment de faire passer des messages codés à destination de la résistance dans la France occupée. L’espace d’un instant, je me suis pris pour Jean Moulin. La principale difficulté du dispositif consiste à ne pas raccrocher tout de suite faute d’entendre son interlocuteur. J’ai commencé, avec ma délicatesse habituelle à interpeller l’indécrottable blagueur. « Ca suffit maintenant monsieur, on est sérieux ici, on n’a pas le temps pour les blagues de potache, veuillez nous laisser tranquille ! » Heureusement, il ne m’a pas entendu…

Enfin, au chapitre des galères notables, celle qui va suivre remporte haut la main la médaille d’or. Il faut savoir que si le Québec est une terre d’accueil folle, il existe certains domaines qui vous pourrissent l’existence. J’ai pu en identifier quatre en un mois : les coiffeurs, les banques, la téléphonie mobile et désormais, internet. Contrairement à la France, tout est payant ici. Et pas a moitié. Pour vous donner la mesure du désastre, on en vient à regretter les heures passées sur la hotline de Free et les douces engueulades avec le représentant récalcitrant d’Orange qui ne veut pas vous remplacer votre Live Box grillée. Ici, vous payez (cher) un abonnement qui vous limite à 20 gigas de téléchargement et 10 gigas d’upload. N’étant pas au courant de ces subtilités contractuelles qui n’ont pas cours dans l’Hexagone, j’ai entrepris de télécharger comme un porc mes séries préférées. Hier, la facture m’attendait sur la table de la cuisine, entourée de rouge et proclamant via un message au stylo bille : « on a un problème !!! » Ah bon ??? Quel problème ?

C’est simple, au 17 février, nous affichons déjà un excédent de 40 gigas d’upload, facturé à 0,00776 dollars le méga. Rapide calcul, on a déjà un excédent de… 315 dollars, de mon simple fait. Bienvenue au Québec !

Par Moul Boul - Publié dans : moulboulexperience
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