Où l’on apprend que 13 ans de vie commune et deux grossesses (réussies) ne sont pas forcément rédhibitoires au moment de se (re)dire « je t’aime » et que la course sur glace au Québec est un sport d’équipe.
Je ne vais pas vous ménager. Je ne l’ai pas été, y’a pas de raisons que je prenne des pincettes avec vous. La nouvelle, à défaut de s’afficher sur le fil AFP, AP, Reuters ou PC (Presse canadienne) a atterri dans ma boîte mail comme un parpaing dans un pare-brise. Ma sœur se marie ! L’événement a très vite été confirmé sous la forme d’un pli postal, à l’ancienne, posé sur le pas de ma porte par un facteur bien peu pressé.
Rapide Flash-back. Nous voilà au début du mois de février. Sandrine, puisqu’il faut bien la nommer, m’envoie un rapide mail au style lapidaire. Sur un ton que ne renierai pas le formulaire B-52 de demande de permis de conduire, la belle me demande de lui faire parvenir dans les plus brefs délais mon adresse à Montréal, dans le but de me faire parvenir des documents importants. Sans plus de précision. Je dois avouer que mon humeur d’alors oscillait entre l’indifférence (« peuh, encore des relevés de compte déficitaires du Crédit Lyonnais »), l’inquiétude (« Putain, les impôts ont encore confondu ma paye minable de cadre-journaliste-stakhanoviste, avec celle de celui qui partage mon ADN mais pas mon carnet de chèques ») et l’envie (« Ca y est, ils me font héritier unique et exclusif en cas de décès prématuré. Qui qui c’est qui va pouvoir faire du raft à l’œil ? Ah merde, je fais déjà du raft à l’œil »). J’avais imaginé pas mal de scénarios possibles, mais pas celui-là. Puis, en raison d’un affranchissement douteux, témoignage de l’éducation protestante orthodoxe qu’a reçu ma frangine sur le plan financier lors de son passage à la pension de « Sainte Marie-Madeleine mariée deux enfants », le précieux pli a mis plus d’un mois à me parvenir. Autant vous dire tout de suite que j’avais oublié jusqu’à son existence… Jusqu’à ce qu’il se décide à se rappeler à mon bon souvenir.
Je ne vous cacherai pas que ces quelques lignes sarcastiques masquent en réalité une profonde émotion. Putain, ils s’aiment encore, comme des ados puceaux ! Et ils vont même officialiser tout ça, à l’heure où certains passent leur couple au contrôle technique. Et pourtant, le bilan comptable commence à être pas mal. Il en a des kilomètres dans les pattes le duo. Deux gosses, 13 ans de vie commune (ou peut-être même plus), des dizaines de voyages partout dans le monde et une vision de la vie parfaitement harmonieuse. Ils m’ont fait pleurer ces cons ! (enfin, façon de parler. Comme on dit ici, « nous autres on a des couilles ! »)
Alors oui, je serai en France le vendredi 18 mai, plus précisément à Buissard, pour voir le grand blond avec la natte, notre Mel Gibson familial, les paparazzis en moins, l’athéisme en plus, et la petite brindille au caractère bien trempé, raconter au maire que oui, ils veulent bien s’harnacher avec les liens du mariage et agrandir leur collection de bagues. Et ce même si je les soupçonne de mettre fin à leur vie de pêché dans le seul but de gratter les impôts, d’organiser une bringue mémorable et de financer leur prochain projet de voyage (et/ou de vie).
Vous l’aurez donc compris, je suis très ému que mon beauf préféré et la pitou à son papa (et à ses frères un peu quand même) se décident passer devant M. le Maire (et non pas M. le Maudit).
Mais je dois dire qu’y’a quand même queq’chose qui m’turlupine, voire qui me sucebite. Ca fait combien de temps qu’ils y pensent ? Combien de temps qu’ils ont planifié leur coup ? Parce qu’au bout de tant de temps de vie commune, on est plus à un an près. Vous auriez pu faire ça l’année prochaine, histoire que je puisse descendre un week-end. Ou du moins que je sois à moins de 7000 kilomètres de la salle des fêtes de Buissard pour pouvoir me soûler au Génépi lors de l’apéro post-nuptial. Enfin, je serai là quand même.
Décidément, si 2006 était l’année de la glisse, 2007 est l’année des alliances. Je tiens à rassurer ici le couple Omnès-Plisson. Cette cérémonie de dernière minute ne remet pas en cause ma présence devant l’autel le 15 septembre prochain. Comme dirait Jean-Marie Messier (est-ce un bon exemple ?), « le billet est provisionné comme mes chaussettes sont trouées ».
Bon, trêve de mélo, de violons et de trémolos dans la voix. Comme je vous le précisais plus tôt, nous autres on a des couilles. Il est donc temps de revenir à quelque chose de plus local.
Peut-être (et même sûrement) cela vous a-t-il échappé, mais le Québec a essuyé aujourd’hui le record de température négative de l’hiver. Le thermomètre a maintenu, avec une rigueur toute métronomique, son mercure à –38°C. Un temps à pas mettre un Québécois dehors, même avec une tuque. La tempête de neige de samedi dernier a laissé d’immenses bancs de neige sur le bord des artères roulantes et passantes de la ville. Le vent s’est chargé de les transformer en congères et d’en répandre le contenu en une fine couche sur le bitume. Malgré le sel, la glace a ainsi fait son apparition sous les pneus des conducteurs matinaux. Ajoutez à ce facteur risque la bêtise crasse de Jean-Michel, conducteur du bus 27 de la STM, qui n’a de cesse, jour après jour de vouloir illustrer le dicton cité en début de paragraphe et vous obtenez une équation au résultat plus qu’aléatoire.
Comme chaque matin, Jean-Mi entreprend donc de secouer nos esprits tout embués en pratiquant sa philosophie de conduite, soit écraser l’accélérateur et advienne que pourra. Tout le monde tire la gueule, mais il s’en fout Jean-Mi. Pourtant ce matin, les embardées peu véloces de son engin à chaque sollicitation du pied auraient du le prévenir Jean-Mi. Mais on ne change pas les coutumes comme ça. On sent que faire ronfler le moteur et patiner les pneus, c’est inscrit dans ses gènes à Jean-Mi. Puis de toute façon, c’est lui le plus gros sur la route. Personne n’osera se mettre en travers de son chemin, c’est sûr !
Au fait, vous connaissez l’histoire de Paf le bus ?
A environ trois arrêts de la station de métro, Jean-Mi a semblé atteint de troubles du comportement. Les sens confus, son pied droit si prompt à brusquer l’accélérateur, s’est abattu avec force sur le frein, tandis que sa main gauche faisait hurler le klaxon. Emporté par son inertie, le bus a continué sur sa lancée pour aller s’encastrer dans une voiture qui tournait. Pas de grosse casse, l’engin ne laissait paraître aucun stigmate suite à l’accrochage. La voiture en revanche avait la porte avant droite en piteux état.
Les passagers ont commencé à échanger des regards complices. Quel con ce Jean-Mi, fallait bien que ça lui arrive. Oui mais, était-ce forcé que l’accident que méritait ce triste chauffeur, intervienne le jour où Montréal explose ses records saisonniers de température négative ? Parce que qui dit accident dit constat et par conséquent, immobilisation des véhicules impliqués. Les mines silencieusement réjouies ont eu tôt fait de se changer en moue dégoûtée. Nous venions de comprendre que nous devrions terminer notre chemin à pied. Belle vengeance Jean-Mi…
Mais je m’en fous, ma sœur se marie ! Et avec mon beauf en plus !Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires - Recommander
Où l’on apprend que la québécoise est composée de 80% d’eau et à 20% de paradoxes, que l’ostéopathie a des vertus insoupçonnées et qu’un noyau dur d’exception culturelle squatte le 26ème étage de la tour de la place Ville-Marie.
Où l’on apprend que le Moul Boul n’est pas passé loin du carton rouge, qu’un boîtier numérique résiste mieux à l’hiver québécois que le corps humain et que Ségo et Sarko feraient mieux de pondre un programme qui tienne la route plutôt que de compter les sous-marins chez Bourdin.
Où l’on apprend que la vie québécoise c’pas toujours du foie gras ni même de la mousse de canard, que les Français ont une obsession du cul et qu’en parlant de cul, j’voudrais pas trop m’avancer, mais le mien semble quand même bordé de nouilles.
Où l’on apprend que la STM (Société des transports montréalais), c’est comme la RATP, la neige en plus, qu’un sourd et muet peut aussi passer des coups de fil et que le Québec a les autoroutes de l’information entretenues par la DDE 13.