Mardi 24 juillet 2007

Où l’on apprend que Moul Boul regrette certaines de ses paroles les plus cinglantes (pardonne moi Vale), que le space cake est à déconseiller la veille de son premier jour de taf et que si on continue sur la lancée, Stef et son cœur d’artichaut pourraient bien remporter leur pari au détriment de La France qui pourtant fait preuve d’un lobbying intense dans la section commentaires.

 

 

Pour ne rien vous cacher, la plume me démangeait grandement, mais j’ai du contenir mes ardeurs épistolaire pour profiter jusqu’au bout de la Valeria de mi corazon. Il est temps que je vous conte les derniers développements en matière d’échanges cul-turels franco-mexicain.

Rappelez-vous, je vous avais laissés sur une mauvaise note. Pas de nouvelles de Valeria, volatilisée, disparue. Des rumeurs de voyage à Toronto. Un immense sentiment de foutage de gueule dont l’inconfort commençait à être difficile à masquer et un corps en proie à un stress tel que l’estomac refuse la digestion de toute nourriture ingérée. Bref, la belle aventure du début prenait des allures de radeau de la Méduse.

Je vous avais donc quitté sans nouvelles de ma belle. À peine eus-je remis mon capuchon, la plume encore chaude, que je reçois un coup de fil d’un numéro inconnu au bataillon. À l’autre bout de la ligne, je reconnais les intonations de ma centraméricaine. Nous étions le lundi 9 juillet, c’était son anniversaire et mademoiselle m’expliquait sans un mot sur son attitude, qu’aujourd’hui elle voulait me voir. Cinq jours de silence radio et là, tout de suite elle veut me voir. Pour la première fois de ma vie, j’ai eu la désagréable impression d’être un jouet dans les mains d’une petite fille capricieuse. Ce qui ne pouvait qu’accroître mon courroux.

Je la rejoins finalement à la station Mont-Royal en compagnie de son amie Ana, très sympa au demeurant. Je bous intérieurement mais ne peux exploser en présence d’Ana. Alors je ronge mon frein (je sais ce que vous vous dites et oui, je suis en négociation pour l’adaptation de ma vie amoureuse en telenovelas espagnole qui sera bientôt reprise en access prime-time sur TF1) et (tous en chœur) je fais la gueule. En guise de joyeux anniversaire, nul doute qu’elle aurait souhaité autre chose. J’ai d’ailleurs reconnu plus tard que j’avais agi comme un trou du cul ce soir là.

En ce soir de « fête », Ana et Val n’ont qu’une seule idée en tête, saupoudrer leur insouciance et leur jeunesse d’un zeste de substance illicite et sujette à fou rire. Comme Val ne fume pas, les deux chafouines se tournent vers la cuisinière et envisagent la réalisation d’un space cake à l’ancienne. Une première pour moi et une expérience que je ne recommencerai pas de sitôt. Probablement que le contexte d’ingurgitation de la chose n’était pas étranger à l’effet ressenti.

Lorsque votre taux de colère atteint des sommets et que l’adrénaline s’est substituée au sang dans vos veines, les têtes de beuh (« j’te jure mon frère je te file pas de la luserne ») ont un effet bloquant, et plus encore quand la digestion commence. Bref, je suis fin défoncé quand vient l’heure des adieux et je me souviens vaguement que Valeria me fait la bise et que ma colère n’est pas redescendue d’un poil.

Je passe l’une des nuits les plus bizarres de mon existence. Mon matelas affichant clairement sa volonté farouche de réaliser les destin dont il avait toujours rêvé, celui d’être un raft lâché dans les eaux tumultueuses du Zambèze.

Puis il faut se lever pour honorer mon premier jour de travail à la Commission en tant que chargé des relations presse. Le sang bat violemment mes tempes, la tête me tue. Je jette un rapide coup d’œil au miroir pour évaluer l’étendue des dégâts. Le gars qui me dévisage a une gueule à faire peur à Freddy Kruger. C’est à peine si la glace ne se brise pas pour mettre fin à ses souffrances. Le constat est évident, la journée va être longue!

Et pour cause, difficile de masquer les deux pastèques qui ont pris la place de mes yeux. Mon boss m’accueille et je vois bien à son air préoccupé qu’il réprouve mon apparence matinale, mais il ne dit mot. Durant toute la matinée, il s’évertue à me décrire mes tâches et mes responsabilités. Ses lèvres bougent et sans ambiguïté un son en sort, mais mon esprit est en rideau et n’imprime rien. Je finis par quitter le monde de Mickey sur les coups de 14 heures. Heureusement, j’ai du me mettre immédiatement sur mon premier communiqué de presse. Et comme le veut la règle, il ne faut jamais merder la première tâche.

Du côté de Val, silence radio jusqu’au jeudi suivant. Je reçois un mail de la belle m’expliquant qu’elle veut me parler. Rendez-vous est pris le vendredi soir. Je suis dans de meilleures dispositions, ma colère est retombée et au final, je me réjouis de cette conversation. Qu’elle qu’en soit l’issue, je serai au moins fixé. Dès qu’elle me voit, Valeria me rappelle son intention de me parler. Je commence par boire une bière et fumer une clope avec Ana. Laquelle me dévisage et me balance en travers de la gueule avec tout son aplomb « quand est-ce que tu vas arrêter d’être stupide ». Elle m’a plutôt bien cerné la bougresse.

Finalement, je l’appelle et lui demande ce qu’elle voulait me dire. Nous prenons un peu de distance par rapport à nos comparses afin d’avoir un peu d’intimité. Elle n’est pas très à l’aise. Visiblement ce qu’elle s’apprête à déballer n’est pas évident pour elle. Elle me prend dans ses bras et me susurre

« C’est dur pour moi d’exprimer mes sentiments.

-         Essaye.

-         …Je sais que j’ai pas été cool avec toi ces derniers temps…mais c’est parce que je suis en train de tomber amoureuse et que je repars bientôt au Mexique et je ne veux pas de ça.

-         (très con) T’es en train de tomber amoureuse de qui? De moi?

-         (non, de René Lévesque connard) oui

-         (Feliz, feliz)… Je suis dans la même situation »

Du coup, nous avons vite retrouvé les baisers langoureux du début et j’ai passé une dernière semaine exceptionnelle. J’en ai profité pour m’excuser de mon attitude de connard le jour de son anniversaire (I’m still sorry Val, cause I’ve been an ass hole for your birthday). Je lui ai finalement offert un beau cadeau et tout est rentré dans l’ordre.

Son départ a été dur à gérer. Arrivé à l’aéroport, j’avais mon passeport dans une poche et ma carte de crédit dans l’autre. Une question est venue me tarauder pendant un moment. « As-tu besoin d’autre chose ? » J’étais à deux doigts de prendre mon billet…

Maintenant il va falloir attendre jusqu’en décembre. Le temps va être long. Si j’étais riche, j’irais bien passer un week end de l’autre coté du Rio Grande.

Par Moul Boul - Publié dans : moulboulexperience
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