Où l’on apprend qu’une tête de pine avec une motoneige, c’est comme un supporter Lensois avec des dents : improbable! Que Boubounette a dû quitter à regrets sa vie de superstar québécoise et qu’il est temps pour Moul Boul de cogiter sur le (non)sens du labeur sous le soleil de Mexico.
La déception de ne pas voir New York ensevelie sous 60 cm de neige, nous prenons la route Tête de pine et moi sur les coups de 7h du mat’ le dimanche matin. Le fond de l’air est aussi mordant que l’azur dégagé. Au saut du lit, les yeux encore tout collés de fatigue, le traitement a le mérite de nous réveiller. Ça tombe bien, il nous reste encore deux heures et demie de route pour nous rendre à destination.
Le thermomètre incrusté dans le tableau de bord du Jeep nous confirme l’impression première de notre épiderme. Il fait un bon -13 des familles en plein centre-ville de Montréal. Pas de quoi inquiéter un québécois, d’autant plus que le vent ne souffle pas, mais quand même suffisant pour refroidir les sudistes hexagonaux que nous sommes.
Sur la route, l’ambiance alterne entre le traditionnel concours de vannes quotidiennes qui nous sert de mode de communication (remporté haut la main par votre serviteur) et les vieux tubes des Rolling Stones, U2, les Doors et Bruce Springsteen que déversent les hauts-parleurs de la voiture branchés sur CHOM Fm. Au fur et à mesure que les kilomètres s’écoulent et que les buildings de la banlieue montréalaise disparaissent à l’horizon, la température tombe doucement mais sûrement. Au moment d’attaquer les petites routes sinueuses et enneigées des Laurentides, l’écran digital affiche fièrement un -22 qu’il ne lâchera plus jusqu’à notre destination.
D’un coup, l’idée d’arpenter les pistes de la forêt Laurentienne, accélérateur calé à fond avec la bise coupant nos visages tendres me paraît moins attrayante. Si c’est pour finir par une chirurgie reconstructive du visage avec la peau de mon cul, je suis pas chaud. Faisant part de ma préoccupation à tête de pine (qui de toute façon devrait envisager la chirurgie reconstructive, quoiqu’il arrive), celui-ci me répond avec tout le tact qui le caractérise « va te faire chauffer une raclette tromblon, froid ou pas froid, je vais te mettre minable! »
Encore 40 bornes de petites routes enneigées à se prendre pour Tommy Makkinen lors d’une spéciale en Suède et nous stoppons notre grosse cylindrée dans le jardin de Jean-Pierre, jovial breton dans le début de la cinquantaine qui sera notre guide de motoneige, non sans avoir bu café et mangé tartines au Vieux St-Émile, à la sortie d’Entrelacs.
Jean-Pierre est un gars responsable, qui aime la vitesse si elle est encadrée par tous les dispositifs de sécurité nécessaires. S’il y a bien une chose que le bonhomme n’accepte pas, c’est les beaufs marseillais qui au mépris de la nature et des machines, sont prêts à sortir de piste au premier virage, pourvu qu’ils fassent un bon chrono. Afin de prévenir ces tendances suicidaires, il a un truc infaillible Jean-Pierre. La caution à 1500 dollars. Fais une rayure sur le capot de la bête et les vacances au Mexique tu te les enroule dans du papier d’alu et tu te les care dans le c…!
Afin de détendre l’atmosphère singulièrement refroidie par cette épée de Damoclès fixée au dessus du casque, Jean-Pierre raconte des blagues. Des boutades canadiennes à base d’ours, de femmes et de nudité à caractère sexuel. Ce faisant, il nous conduit devant nos montures qui frétillent d’impatience. Nous sommes les premiers clients de la saison. Jean-Pierre et son associé ont à peine eu le temps de monter deux motoneiges, pris au dépourvu par les caprices de la météo qui a recouvert l’intégralité du Québec. Les pistes ne sont même pas damées, il va falloir les ouvrir. C’est mon dépucelage de motoneige et on commence direct par le hors-piste. C’est un peu comme commencer par le marteau-pilon guatemaltèque quand on n’a jamais trempé la biscotte.
La première partie de la ballade se fait au ralenti. Nous enchaînons les passages techniques sans presque jamais nous asseoir sur la selle. Les devers se succèdent et le seul moyen de les franchir consiste à se tenir debout sur l’un des deux marchepieds, le cul penché dans la neige à l’extérieur de l’engin. Cela ne nous empêche bien évidemment pas de nous embourber et de découvrir les joies des techniques pour sortir la motoneige de son écueil. Il fait certes -22 mais aucun de nous ne ressent la morsure du froid. Au contraire, alors que mon corps reste habituellement indifférent à la chaleur estivale sur les plages des Calanques, je sue corps et bien sous mes cinq couches de vêtements.
La deuxième partie des réjouissances est moins technique et donne libre cours à nos hormones. Alors que jusqu’à présent nous devions brider notre pouce posé sur l’accélérateur au risque d’embrasser rudement l’écorce des Érables, l’heure est maintenant venue de lâcher la cavalerie. Et comme nous sommes entre frères, la règle de « C’est moi qu’a la plus grosse (accélération, bien sûr)! » fonctionne en plein.
La course poursuite bat son plein jusqu’à ce que nous nous retrouvions devant une piste vierge. 80cm de pure peuf sans une trace. Et Jean-Pierre nous offre d’ouvrir la marche pour découvrir le méchant feeling du freeride en motoneige.
Tête de pine décide de passer en premier, invoquant un droit d’aînesse dont la validité ne m’apparaît toujours pas évidente. Bien mal lui en prend puisque au bout de 500 mètres, après avoir parfaitement négocié un virage piégeux et dans une belle ligne droite où trois semi-remorques auraient pu se croiser de front en laissant la place pour deux ou trois voitures, il sort de la route et se plante comme une merde dans le fossé, la motoneige renversée sur le côté. En guise de compassion fraternelle, je me dépêche de sortir l’appareil photo pour immortaliser l’échec de celui qui entendait donner des leçons de pilotage à Jean-Pierre, quelques secondes auparavant. Après m’en être donné à cœur joie (« Alors Ayrton Senna, on a de la misère à tenir le guidon droit ?»), et avoir sorti l’engin de son trou (la motoneige, pas mon frère), c’est à mon tour de prendre les devants.
La sensation est terrible, la machine s’enfonce, ressort, semble flotter sur une mer de coton. On retrouve les sensations du ski hors-piste, et franchement ça fait plaisir. On prend rapidement confiance et insidieusement, on titille l’accélérateur plus fort. En pleine confiance, je prends le temps de repenser à la mésaventure de Tête de pine. Faut-il être mauvais pour se manger dans des conditions pareilles. Tête de pine porte définitivement bien son surnom.
Absorbé par ces belles pensées, je ne sens que trop tard que ma moto commence à pencher dangereusement sur la gauche. Trop tard pour rééquilibrer! Je retourne la machine à mon tour. Autant vous dire que Tête de pine en a profité pour rire à gorge déployée, fier de tenir là sa vengeance.
Pour vous la faire courte, boubounette a ensuite repris l’avion avec son père et son grand-père mais visiblement n’envisageait pas de quitter son tonton adoré puisque j’ai retrouvé trois de ses doudous sous ma couette, qu’elle avait sorti de la valise qu’était en train de faire mon frère. Une semaine après, j’avais le cul posé dans l’avion direction le Mexique, pour deux semaines et demi excellentes et pleines de rebondissements que je vous conterai très bientôt (si, si). Pour vous tenir en haleine, sachez que ça s’est très bien passé, sauf au retour.| Novembre 2009 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | ||||||||||
| 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | ||||
| 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | ||||
| 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | ||||
| 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | ||||
| 30 | ||||||||||
|
||||||||||
Pour les non initiés, CHOM FM c'est 97.7 pour aller l'écouter sur le net, et c'est de la bombe.....enfin pour les papys du rock comme moi qui veulent se faire des trips revival!!
Sinon tout le monde aura pu apprécier les talents d'objectivité de notre journaliste Québecquois dans son exposé des faits: 3 paragraphes et 1 photo sur mon ride à moto, et juste une évocation de son salto arrière vol plané dans les branchs au bout de 10m de pof!!!! Moulboul est prêt pour revenir exprimer ses talents journalistiques en Sarkozie!!!
Je vois que vous avez adopté la même technique qu'en ski. Dès qu'il s'agit d'accélérer un peu dans la poudreuse y'a plus personne. C'est dommage clem que tu aies suivi les traces de tes 2 frères (limoges contre le reste du monde: souvenirs souvenirs...). En tout cas le grand est resté fidèle à sa réputation.
A bientôt pour une intoxication neigeuse.