Où l’on apprend que Moul Boul a passé deux semaines et demi terribles au Mexique, qu’à Acapulco on trouve la plage, le soleil et les contrats de mariage et que parfois une langue se fraye naturellement un chemin dans la bouche d’une Mexicaine.
Tout commence par un jeudi pluvieux à l’aéroport de Montréal, ou plutôt non, tout commence vraiment dans le Terminal de O’Hare, l’aéroport de Chicago quelques heures après. En raison d’un accès de francophilie aussi soudain qu’incompréhensible, les pilotes de Mexicana ne trouvent rien de mieux que de faire grève. À force d’échanges musclés avec les employés de la compagnie aérienne, nous apprenons que l’airbus qui devait se trouver à la porte 39 n’a pas encore décollé de Monterrey et ne sera dpas disponible avant au moins huit heures. La blague ne fait rire personne et pousse la plupart des voyageurs à griller clope sur clope à l’extérieur. C’est ainsi que je fais la connaissance de Patrick, Franco-Mexicain qui attend, lui, depuis 44 heures à Chicago, la faute à des douaniers américains tatillons quant à sa double origine. Il devient rapidement un compagnon de picole au bar de l’aéroport et à force de se payer respectivement des tournées qui nous coûterons le double en frais bancaires, on commence à en savoir pas mal sur la vie de l’un et de l’autre. J’explique à Patrick que je fuis le froid québécois pour deux semaines et demi et que comme mon visa expire sous peu, je vais en profiter pour voir si le pays me plaît, afin d’en faire une potentielle destination pour après. Et là le bonhomme m’explique que sa famille bosse dans le textile en banlieue de Mexico et que son père a des accointances particulières avec l’ambassadeur hexagonal. Il me file son adresse mail, m’enjoignant de le contacter si jamais j’avais des questions ou besoin d’aide, si le projet se concrétisait.
Notre avion finit par arriver et nous passons les 5 heures de vol à ronfler sur l’épaule du voisin, le sommeil sérieusement encouragé par l’abus de boisson alcoolisée. Nous finissons par quitter l’aéroport de Mexico sur les coups de 4h du mat’ après la fouille de bagage la plus sommaire à laquelle il m’a été donné d’assister. Nos chemins se séparent à la station de taxi, non sans avoir fumé une ultime cigarette.
« Tu vas pas te faire racketter »
Je dois traverser la ville entièrement, Ana n’ayant rien trouvé de mieux que d’habiter à l’opposé du tarmac, dans un taxi douteux conduit par un chauffeur qui marmonne uniquement en espagnol. À 5 heures du matin, les rues de la mégalopole sont vides. Pas un chat sur les artères généralement congestionnées de bouchons. Il y a là quelque chose d’irréel et d’inquiétant. Mais pas de panique, Patrick me l’a confirmé, « si tu prends les taxi de l’aéroport tu ne devrais pas te faire racketter ». Nous finissons par arriver aux abords de la maison d’Ana, après une heure de route et à grands renforts de Derecha et Izquierda, je finis par mettre le doigt sur sa sonnette. Je peux enfin entamer ma première nuit en territoire mexicain.
Le séjour débute sous de bons auspices. Ana, que je ne connaissais que peu s’avère être une compagnonne des plus drôle. À la fois caustique, sarcastique et franchement délurée. Et chose rare, elle semble comprendre et apprécier mon humour douteux. Les fêtes de Noël passées dans sa famille ont été des plus plaisantes. Je découvre assez rapidement l’une des qualités des Mexicains : l’hospitalité. Pour ne rien gâcher, la région déchire, tant du point de vue des paysages que des villes traversées. Quérétaro, Léon et surtout Guanajuato, présentent de charmants centres-villes avec des places bordées de terrasses. Et franchement, quel luxe de pouvoir lever le coude en plein cœur de l’hiver en t-shirt. Ne manquait qu’une poignée d’amis Français (ils se reconnaîtront) pour que tout soit parfait.
C’est au cours d’une de ces douces soirées, à Guanajuato justement, que nous avons assisté au plus improbable des spectacles : une battle de Mariachi. Souvenez-vous (si, si) du film Eight Miles. Remplacez Eminem et son vis-à-vis par deux groupes de Mariachi, la scène par une terrasse de bar bondée et vous aurez une vague idée de ce que mes yeux n’osaient croire. Tout d’un coup, les premiers accords de « Lose Yourself » se sont mis à résonner dans mes oreilles. Ce qui est assez déroutant dans une battle de Mariachis, c’est qu’aux provocations, à l’arrogance des paroles et à la violences des beats de hip-hop, il faut substituer les sourires crispés de chanteurs qui tentent de séduire leur audience, des accords d’une tristesse infinie et des paroles à pousser à l’automutilation Monsieur sourire. À peine le dernier accord d’une chanson s’est-il tu que déjà le second groupe a déjà entamé sa complainte. Cet épisode aurait probablement inspiré à Alain Chabat un nouveau numéro des « Avez-vous déjà vu…? »
Mais comment ça?
Mais c’est toujours lorsque le décor paraît paisible que le drame se trame en coulisses. Après un bref retour à Mexico City, nous prenions la route d’Acapulco pour quatre heures de bonheur sur les autoroutes défoncées de cette partie du pays. Personne ne respecte les limites de vitesse jusqu’à ce que la voiture décolle sur une aspérité un peu abrupte. Le fait de croiser des voitures en panne, renversées ou ayant perdu une roue pousse également à rendre le pied moins pesant sur l’accélérateur.
Mais ça n’est pas ici que le drame se noue. Revenons un poil en arrière afin de mieux comprendre ce qui s’en vient.
Avant de partir au Mexique, j’ai formulé une requête précise à Ana.
« S’il y a une seule chose sur laquelle je ne transigerai pas, c’est que je veux aller à la plage, même deux jours… Il fait -20 à Montréal (trémolos dans la voix), c’est la seule chose que je demande.
- Ok, si tu y tiens. Ca tombe bien, Valéria nous invite à passer quelques temps dans la maison de ses parents à Acapulco.
- C'est-à-dire que ça m’emmerde un peu, je suis pas très à l’aise de me pointer chez eux comme ça. Si tu veux, on peut aller à Acapulco, mais je préfère prendre un hôtel.
- Mais arrête!! C’est tes scrupules de Français ça! Elle nous invite, du coup ça va pas nous coûter cher.
- Bon, ok, on y va »
Après les quatre heures de route susmentionnées, un colonne vertébrale douloureuse et deux centimètres en moins au garrot et non sans être aller goûter l’eau au préalable, nous sonnons chez les Ramirez. Ce que j’ignorais alors, c’est que la famille de Valéria au grand complet, père excepté (« mais il sera là demain! ») était réunie. Pas franchement l’idéal pour se sentir à l’aise. Je partage assez rapidement mon mal-être avec Ana. Elle non plus ne semble pas super à l’aise. Mais la soirée arrive et des verres de Cuba Libre se retrouvent devant mon nez sans que j’aie à les exiger. Du coup, je me détends aussi sûrement qu’une pilule de xanax rend le membre viril flasque.
La soirée avance gentiment, entrecoupée de francs fou rires. Au fur et à mesure que l’alcool coule dans mon gosier et que mon verre se re-remplit, je comprends de mieux en mieux l’espagnol. Valéria ne m’adresse absolument pas la parole, mais ça me convient et je m’en tape même carrément. Je suis à la plage, il fait beau, tout le monde semble m’apprécier. On peut imaginer pire comme situation.
Sur les coups d’une heure du mat’, Ana et Valéria vont se coucher. L’ambiance me satisfait, donc je continue à boire. A peine cinq minutes se sont écoulées que la mère de Valéria se rapproche de moi et me parle avec un air un peu grave.
Devant mon air dubitatif (je ne faisais qu’imaginer que je comprenais l’espagnol), son cousin me traduit les paroles de sa tante.
« Clément, j’aimerais que tu sois mon gendre, tu sais, ma fille est un peu immature, mais attends la, dans trois ans, elle changera d’avis »
Sous les couches d’alcool qui embrument mon esprit, un éclair de conscience surgit et une voix hurle dans ma tête « mais c’est quoi encore ce bordel dans lequel je me suis fourré?? ». A l’extérieur, rien ne sort de ma bouche. Je me contente de fermer ma gueule et de sourire. La voix m’informe qu’il serait probablement assez malpoli de répondre du tac au tac qu’il en est hors de question et surtout que je risque de me retrouver à la rue dans la seconde qui suit. Le problème, c’est que l’enthousiasme de la mère semble contagieux et tous les membres de la famille en chœur alignent les arguments afin de me convaincre du bien-fondé de cette requête.
Lave toi les oreilles!
Je vais me coucher avec le vague espoir que j’ai vécu un mauvais rêve.
Le lendemain, j’arrive à prendre Ana à part et je lui demande si elle a entendu le drame qui se tramait dans le salon la veille au soir. Devant le secouage de tête qui s’ensuit, je lui expose la situation telle que je l’ai vécue.
« C’est pas la version que j’ai.
- Comment ça? Et t’as quelle version?
- Ils sont tous persuadés que tu es venu au Mexique pour te marier.
- QUOI??? Mais comment ça a pu leur traverser l’esprit?
- Valéria est persuadée que tu l’aimes encore.
- Oh bordel, il faut qu’on se casse! »
Ajoutez à cette situation des moins confortables que le cousin de Valéria, très sympa au demeurant devient moins fréquentable quand il est bourré. Le jeune homme a soudain des tendances homosexuelles et m’a fait quelques propositions plutôt précises impliquant deux pénis et deux anus. Bref, il était temps de quitter Acapulco avant que le délire d’aller se baigner en plein décembre ne perde tout son charme.
Heureusement, nous devions rentrer à Mexico pour le nouvel an. Avant que nous ne prenions la route, les Ramirez m’ont quand même demandé si je ne voulais pas rester avec eux. L’argument de la route longue et difficile que je ne voulais pas laisser Ana arpenter seule a porté ses fruits.
Nous finissons par quitter sans trop de regrets (au moins pour moi) Acapulco. J’en garde d’ailleurs un souvenir impérissable puisque trois jours après j’avais le cul posé dans le cabinet d’un docteur pour me faire déboucher les oreilles. Ana lui a d’ailleurs servi d’aide soignante et a pu apprécier de près toute la merde qui en est sortie.
Il faut croire que cette expérience intime nous a rapprochés puisque le lendemain ma langue trouver un moyen de rejoindre la sienne.
Il a ensuite fallu rentrer à Montréal pour m’acquitter de la dernière semaine et demie de travail que je devais au gouvernement québécois. Puis dire au revoir le cœur serré à mes collègues de travail qui au fil de l’année sont devenus (devenues?) plus que de simples collègues.
Et maintenant, le périple continue. Je suis à San Francisco, accueilli par François, mon designer préféré et son adorable copine Taïwanaise, Connie. Dans deux semaines, je reprends l’avion pour Mexico.
Et aujourd’hui un enculé a tenté de m’écraser avec sa putain de bagnole pourrie. Probablement un électeur de Bush frustré de se retrouver dans un fief démocrate.| Novembre 2009 | ||||||||||
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